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Examen et cérémonie pour devenir chevalier du Saint-Sépulcre

16 avril 2014 | Publié dans Histoires de pèlerins | Écrire un commentaire
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Croix de Jérusalem sur la caper d’un chevalier du Saint-Sépulcre
L’Ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem est un des trois survivants des grands ordres de chevalerie issus des croisades. Si l’on a longtemps attribué sa fondation à Godefroy de Bouillon, après la prise de Jérusalem par les croisés en 1099, l’ordre tire plus probablement ses racines du corps de chevaliers recrutés localement au XIIe siècle pour la défense du royaume latin de Jérusalem et dont les adoubements paraissent avoir été célébrés dans l’église du Saint-Sépulcre.
 
Au XVIIe siècle, Laurent d’Arvieux, qui passa douze années dans les Échelles du Levant (ports marchands de la méditerranée orientale, Constantinople, Salonique, Alep…), raconte son propre adoubement dans la basilique du Saint-Sépulcre :

« Il y a beaucoup de chevaliers de cet Ordre en Espagne, en Allemagne, en Pologne, où les plus grands seigneurs se font un honneur d’en porter la croix. Il n’y a qu’en France où on n’en fait pas le cas qu’il mérite. Il est vrai que cet Ordre n’est pas riche comme tous les autres. Il n’a ni commanderies, ni bénéfices, ni pensions. Ceux qui y sont reçus n’ont que des biens spirituels à attendre, indulgences, honneurs et prérogatives qui ne rapportent rien et qui ne laissent pas d’exposer à des dépenses considérables, comme on le verra dans la suite de ce chapitre. Personne ne pouvait y être reçu qu’il ne fût gentilhomme, ou que vivant noblement, il n’eût rendu des services importants à la religion chrétienne et à la Terre sainte. À la fin, les besoins de la Terre sainte engagèrent les Gardiens d’y recevoir sans beaucoup d’examen ceux qui étaient en état de faire les grandes aumônes dont on avait besoin pour la conservation des Saints Lieux et pour remplir l’avarice insatiable des Turcs.

Les commerçants français, et surtout ceux de Marseille, s’y introduisirent par ce moyen, et c’est pour cela qu’on en voit un grand nombre à la procession solennelle du Saint-Sacrement, quoique, dans la vérité, ces chevaliers aient plus l’air de ne composer qu’une simple confrérie qu’un ordre de chevalerie, puisqu’ils y assistent sans épée, et seulement avec un flambeau à la main, où est attaché un écusson aux armes de Jérusalem, sans que jusqu’à présent ils se soient donnés aucun mouvement pour jouir des privilèges honorables que la Reine Régente, mère de notre invincible monarque Louis XIV leur avait accordés.

Cette multiplicité de chevaliers fit du bruit à Rome en 1659, et quand le père Eusèbe Vallez y passa pour venir en Palestine prendre possession de son office, le pape lui défendit de recevoir à cet Ordre aucune personne qui ne fût noble d’extraction, à moins que vivant noblement, ils n’eussent rendu des services importants à la Terre sainte.

Je fus le premier qui passa par la rigueur de cet examen. Je produisis les titres originaux que j’avais avec moi, et des attestations authentiques de ceux qui étaient en France. Ils furent examinés et trouvés suffisants pour que je fusse reçu à l’Ordre.

Le Mercredi Saint, après les offices, le Révérend Père Gardien, le Père Ignace Morgues son vicaire et moi entrâmes dans le Saint-Sépulcre, avec un frère laïc qui avait apporté dans la chapelle de l’Ange tout ce qu’il fallait pour la cérémonie et qui y demeura pour garder la porte. Je me mis à genoux devant la pierre sacrée où a reposé le Corps du Sauveur du monde. On dit l’hymne Veni Creator, et ensuite le Père Gardien me dit : Que demandez-vous ? Je répondis : je demande d’être reçu chevalier du Saint-Sépulcre de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; il m’interrogera ensuite sur ma naissance et me demanda si j’avais des biens suffisants pour soutenir la dignité de chevalier ; je lui répondis selon la vérité. Il me demanda ensuite si j’étais prêt de promettre de cœur et de bouche de garder et d’observer les statuts de l’Ordre dont on allait me faire la lecture, et je répondis qu’oui. Alors il me lut en latin les articles dont je donne ici la traduction :

I – Le chevalier du Saint-Sépulcre est obligé d’entendre tous les jours la messe, autant qu’il lui sera possible, et de communier au moins quatre fois chaque année.
II – Il doit exposer ses biens et sa vie quand le besoin le requiert au cas d’une guerre universelle contre les Infidèles, et surtout pour le recouvrement de la Terre sainte, et s’il n’y peut aller lui-même, y envoyer un homme aussi capable que lui et à ses dépens.
III – Il ne doit pas seulement dans une occasion importante employer ses biens pour la gloire de Dieu et pour l’exaltation de la Sainte Église ; mais il est obligé d’exposer sa personne et sa vie pour l’augmentation de la foi catholique.
IV – Il est encore obligé de défendre la Sainte Église apostolique et romaine, ses prélats et ses ministres contre les persécutions des Infidèles, des hérétiques, des schismatiques et des autres persécuteurs, autant qu’il lui sera possible.
V – Il est obligé de quitter et de fuir toute guerre injuste, tous les salaires déshonnêtes, gains illicites, duels, combats et autres actes, à moins que ce ne soit un exercice militaire.
VI – Il est obligé de procurer, autant qu’il est en son pouvoir la paix entre les princes et les peuples chrétiens, conserver les biens publics, défendre les veuves et les orphelins, éviter comme la peste les faux serments, les jurements, les blasphèmes, les rapines, les usures, les sacrilèges, les homicides, les ivrogneries, les lieux suspects, les personnes déshonnêtes, les vices de la chair, et faire tous ses efforts pour se rendre agréable à Dieu, et irrépréhensible devant Dieu et les hommes.
Et enfin, il doit par ses paroles et par ses actions se montrer digne de l’honneur qu’il a reçu en fréquentant les églises, en servant Dieu, l’aimant de tout son cœur, et son prochain comme lui-même.

Après cette lecture, il me demanda si j’étais prêt à garder ces statuts et je répondis : Oui, et il me fit dire ce qui suit : Je promets à Dieu, à Notre-Seigneur Jésus-Christ et à la Bienheureuse Vierge Marie d’observer toutes ces choses autant qu’il me sera possible, comme bon et fidèle soldat de Jésus-Christ.

Ensuite le Père Gardien prit l’épée bénie qu’on croit être celle de Godefroi de Bouillon, et mit sa main sur ma tête en me disant : Et toi, Laurent, sois fidèle, hardi, bon et fidèle chevalier de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de son Saint-Sépulcre, afin qu’il te veuille recevoir dans sa gloire avec ses élus. Amen.

Après, il me donna les éperons dorés de Godefroi de Bouillon, que je mis à mes pieds, et tirant l’épée du fourreau, il me la donna en disant : Laurent, prends ce glaive, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, use d’icelui à taz défense et à celle de la Sainte Église de Dieu, à la confusion des ennemis de la Croix de Jésus-Christ et de la Foi chrétienne. N’en offense personne tant que la fragilité humaine te le pourra permettre. Ce que te veuille octroyer celui qui vit avec le Père et le Saint-Esprit dans tous les siècles des siècles.

Je remis l’épée dans le fourreau, et le Père Gardien me dit : Laurent, ceint fortement cette épée sur ta cuisse au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et sache que les saints ont gagné les royaumes par la foi et non par l’épée.

Je me levai debout, ayant l’épée au côté, et après l’avoir tirée du fourreau, je la baisai et la présentai au Père Gardien, et m’étant mis à genoux et ayant incliné ma tête sur le Saint-Sépulcre, il m’en donna trois coups sur le col, en disant à chaque coup : Laurent, je te crée et te fais chevalier du Saint-Sépulcre de Notre-Seigneur Jésus-Christ au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. [...]

Mes lettres patentes étaient en parchemin et scellées du sceau du Saint-Sépulcre. Il y en avait deux, une fort grande et fort ample, que je devais garder chez moi, et une autre plus petite et plus abrégée en manière d’attestation de ma réception à l’Ordre, que je devais porter avec moi dans mes voyages, afin que si j’étais pris par les Chrétiens, et surtout par les Espagnols, quand nous nous trouverions en guerre, ils ne pussent pas me retenir prisonnier ni piller mes biens, parce que le roi d’Espagne qui se prétend Grand-Maître de cet Ordre et qui en fait mettre les armes sur ses monnaies, ne permet jamais à ses sujets de toucher aux chevaliers du Saint-Sépulcre. »

Mémoires du chevalier d’Arvieux, envoyé extraordinaire du roi à la Porte,
consul d’Alep, d’Alger, de Tripoli et autres échelles du Levant

 
Lire l’article complet : Le chevalier d’Arvieux

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