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La situation des coptes en Égypte : un mélange d’intégration et de discrimination

8 avril 2013 | Publié dans Proche-Orient | Écrire un commentaire
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Baptême copte

En Égypte, la Constitution proclame l’égalité de tous les citoyens devant la loi, sans distinction de langue, race ou religion. Mais le système juridique est islamisé : en 1971, le Tribunal Constitutionnel a jugé que l’Islam est la religion de l’État et que toute loi qui va contre l’Islam est contraire à la Constitution.

Un rapport du Dr Merit Boutros Ghali (1979) sur l’élimination progressive des chrétiens, depuis 1952, de la fonction publique et des sociétés nationalisées rappelle qu’en 1910, 45 % des fonctionnaires étaient chrétiens. Aujourd’hui, plusieurs professions leur sont même interdites, professeur d’arabe par exemple.

D’ailleurs, les manuels scolaires d’histoire ne parlent pas de la période historique chrétienne de l’Égypte, soit du IIe au VIIe siècle, à l’arrivée des musulmans. Les musulmans libéraux protestent contre cet état de fait ; en 2000, le Secrétaire général de l’Organisation égyptienne des Droits de l’Homme, Hafez Abu Saada rédigea un rapport sur la répression subie par ses concitoyens coptes ; accusé de ternir l’image de l’Égypte, il a été condamné à la prison. De même le militant des droits de l’Homme Saadeddine Ibrahim, directeur du Centre Ibn Khaldoun a été accusé devant un tribunal d’avoir parlé de mesures injustes gouvernementales à l’encontre des Coptes. La discrimination couvre bien sûr le champ politique ; les hauts postes de l’État sont de moins en moins attribués à des chrétiens. D’ailleurs les 10 députés coptes du Parlement (ils devraient être 60 à la proportionnelle) sont désignés par le Président de la République car aucun Copte ne serait élu au suffrage direct par les électeurs musulmans, comme ce l’était avant Nasser.

Pendant les émeutes après l’attentat contre une église copte à Alexandrie - 2010

Pendant les émeutes après l’attentat contre une église copte à Alexandrie en décembre 2010

La communauté copte a été frappée à de nombreuses reprises, d’autant plus qu’elle est moins défendue par un régime qui hésite à proclamer l’égalité et la liberté religieuses et poursuit et condamne les convertis musulmans au christianisme tandis qu’il encourage naturellement le courant inverse (15 000 coptes passent à l’Islam chaque année). Huit millions de coptes sur soixante millions, chiffre officiel ou plus ? Beaucoup, en tout cas, émigrent ; les troubles confessionnels eurent lieu à Assiout (1975), Alexandrie (1979), ou au Caire (tueries dans le quartier copte de Zaouiet Al Hamra en juin 1981 [et à Alexandrie en 2010]). Depuis, dans l’oasis du Fayoum ou dans le grand Caire, dans le delta comme en Haute-Égypte, on recommande aux prêtres de ne plus marcher dans la rue et les attentats contre les églises que l’on brûle, ou les couvents que l’on pille, sont très fréquents.

Les mouvements Djihad ou Djamaa Islamiyya revendiquent sans pudeur les actions. Des émeutes 26 antichrétiennes au centre de l’Égypte, à Fayez Awad ont encore eu lieu en décembre 1999 ; 25 coptes ont été tués, des dizaines blessés par leurs voisins musulmans ; on compte un attentat par mois ; des églises et chapelles sont brûlées ; bien sûr la presse s’exprime rarement sur ce sujet.

Et pourtant, les traditions coptes ont influencé la civilisation égyptienne moderne. De nombreux mots coptes, c’est-à-dire d’ancien égyptien pharaonique, voire des structures grammaticales, ont été introduits dans le dialecte égyptien. Les toponymes également. Le calendrier pharaonique des saisons, les mois des semailles et des récoltes sont utilisés parmi les paysans musulmans, notamment dans les proverbes. D’ailleurs les journaux quotidiens donnent trois dates : grégorienne, hégirienne et copte.

Vénération d’une icône de Saint-Georges au monastère copte Saint-Georges – Le Caire

Les coutumes pharaoniques ponctuent l’année ; l’eau tient une grande place dans la célébration du premier de l’an. S’asperger d’eau est un signe de bénédiction. Le 12 juillet, la crue du Nil est célébrée avec de l’eau bénie dans un bassin et la date correspond à la fête des Apôtres. Le 27 septembre, la fête de la Croix est la christianisation du jour où la crue du Nil atteint son plus haut niveau et où Râ répandait le limon. Le 19 janvier, pour l’Épiphanie, c’est le rappel de la cérémonie pharaonique de « l’eau de touba » (touba est un mois copte). Enfin, le 4ème mois copte de Kyhak symbolisait la résurrection d’Osiris et on fait toujours germer des graines dans des soucoupes. Le premier jour de l’année, Ier Thot (11 ou 12 septembre) est intitulé « Nayrouz », le « nouveau jour », comme en Iran, d’où le mot est venu, sans doute au moment de l’occupation perse.

Le type physique est si semblable entre communautés que les Coptes se font tatouer une croix au dos de la main afin qu’en cas d’accident mortel, ils soient inhumés dans un de leurs cimetières.

D’autre part, les sites coptes sont très fréquentés par les visiteurs musulmans que ce soit les mausolées, les couvents (Saint Antoine), les églises, lors des apparitions de la Vierge à Zeïtouna (Héliopolis). Les établissements scolaires coptes ont une proportion de 75% d’élèves musulmans, d’autant plus que les cours de religion musulmane obligatoires sont assurés. Enfin, les dispensaires tenus par les associations caritatives coptes accueillent un grand nombre de musulmans.

Néanmoins, les attentats intégristes commis à l’encontre des églises, des monastères, des commerces dans le sud de l’Égypte poussent les coptes à l’exil, notamment dans les pays qui privilégient une culture chrétienne comme le Québec et le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Ce texte est extrait d’une conférence donnée par le professeur Christian Lochon en 2005 à l’Académie des Sciences d’Outre-mer sur le rôle et la culture des chrétiens d’Orient.

 
Lire l’étude complète : Rôle et Culture des Chrétiens d’Orient

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