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L’équipage d’un navire de pèlerins : trop pieux pour être honnête ! (1588)

26 mars 2013 | Publié dans Histoires de pèlerins | Écrire un commentaire
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Navire de haute mer
Dans les dernières années du XVIe siècle, Louis Balourdet, prêtre et chanoine à Reims, rédige un « Guide des chemins pour le voyage de Hierusalem et autres villes et lieux de la Terre saincte ». Peut-être gagné par avance au détachement céleste, le chanoine Balourdet fournit une vision probablement assez enjolivée de la bonne tenue des gens de mer. On comparera avec la description plus prudente de l’auteur du Pèlerin véritable de la Terre sainte.

 

« Afin que je poursuive la description de la hiérarchie navale, je ne sais si je dois la comparer à un empire ou royaume, à une république ou à un monastère. Que si je la compare à un empire ou royaume bien policé et gouverné, la comparaison sera bonne. Si je compare à une république commandée et gouvernée de bons consuls et magistrats, elle sera meilleure, si je la compare aussi à un monastère et à la vie monastique, elle sera très bonne. Car outre ce qu’en un monastère il y a justice et supériorité de l’obéissance et commandement comme en république, il y a encore d’abondance les vœux de pauvreté, obéissance et chasteté, lesquels semblent être en la hiérarchie marine, comme nous dirons ci-après, parlant des mariniers.

Mais premièrement il faut parler des commandeurs, lesquels comme en commandement ils tiennent le premier lieu, ainsi en écrit ils doivent précéder. Lesquels, dis-je, sont trois, à savoir : le capitaine ou patron, le navigateur et le pilote. Le capitaine est celui qui a la charge en général de tout le vaisseau et de ceux qui y sont, comme un abbé en un monastère.

Le navigateur est celui qui fait tendre les voiles et tourner selon le vent : il commande aussi aux nautonniers quand il faut accommoder quelque chose et lui y est tout le premier : ainsi qu’un prieur sous son abbé commande aux religieux et est celui qui fait ou fait faire dresser le service et y est le premier. Ledit navigateur est connu et discerné entre les autres, en ce qu’il porte ordinairement un sifflet d’argent à son cou, avec un cordon de soie, par le son duquel les mariniers entendent ce qu’il faut faire : ainsi comme le héraut donnant le son à la trompette, les soldats connaissent qu’il faut monter à cheval, le navigateur aussi, donnant du sifflet, chacun compare et répond promptement.

Le troisième est le pilote, lequel comme un chantre à l’église qui fait dresser le chant et le proportionne selon qu’il est expédient et est connu par le bâton qu’il tient en main : ainsi au navire, le pilote est celui qui tient et gouverne le timon ou gouvernail, et dresse les chemins selon qu’il faut aller. Davantage, comme en un siège présidial un président à des subalternes qui sont les conseillers sans l’avis desquels il ne rend sentence, ainsi en république marine, le pilote a quatre conseillers de poupe par et avec l’avis desquels il gouverne et doit gouverner son chemin et voie marine.

Compas de marine

Mais on pourra demander par quel moyen il peut connaître son chemin, étant en haute mer où on ne voit ni ciel, ni terre, ni soleil ni Lune ni aucune étoile. Or, pour ce faire et connaître, ils ont un cadran marin auquel il y a une aiguille d’acier frottée à la pierre de camomille, autrement dite d’aimant : laquelle aiguille, par la vertu de ladite pierre tourne ordinairement vers le Tremontane qui est une étoile dite Stella Maris, autrement dite le pôle arctique ou le nord qui est directement à septentrion, proche des étoiles qu’on appelle le char du côté du levant, et selon l’opposite du septentrion, ils connaissent le midi : ainsi consécutivement le levant et le ponant. Devant lequel cadran, il y a ordinairement de nuit une lampe ardente pour dresser le chemin.

Après le pilote, il y a un greffier pour inventorier et coter les marchandises. Suit par après le gardien, lequel a la charge de garder le vaisseau du feu et des autres inconvénients. Il y a aussi un dépensier et cuisiner qui ont la charge des vivres et les distribuent selon le temps. C’est là où j’ai remarqué que les marins sont en tout contraires aux autres artisans en mode et façon de vivre. Car quand les laboureurs, vignerons et autres ont beau temps, ils travaillent fort et se traitent le mieux qu’il est possible ; et quand le temps est fâcheux et impropre à travailler, ils se reposent. Au contraire, les marins, quand le temps est mauvais ou contraire, c’est alors qu’ils travaillent le plus, ils dorment bien peu, et la pitance et portion est la plus petite. Et encore, avec tout cela, ils ont plus de peine à boire et à manger qu’en autre temps. Car quelquefois, pensant boire, l’onde renverse le verre. Mais quand le temps et le vent sont propres, ils font bonne chère et ne travaillent aucunement. Aussi, quand la tempête vient comme au milieu de la nuit, c’est chose effroyable à ceux qui n’ont accoutumé de les entendre crier comme elle nous survint la nuit du quatrième jour de mai 1588 vers minuit. [...]

Afin que je revienne à ma hiérarchie nautique, après avoir parlé des supérieurs, il nous convient de parler des inférieurs, à savoir, des Fadarins, ainsi nommés comme serviteurs, lesquels font la leçon aux rebelles d’obéir à leurs supérieurs. Car ils sont si obéissants qu’on peut dire d’eux qu’ils ne doivent rien aux religieux du vœu d’obéissance : car sitôt que le navigateur a dit “faites ceci”, il est fait. Quant au vœu de pauvreté, moyennant qu’ils vivent de la sueur de leur corps et leur famille aussi, ce leur est assez. Sans toutefois les vouloir comparer aux vrais religieux qui de près gardent leurs vœux, tant qu’il leur est possible.

Quant au vœu de chasteté, il semble qu’ils le gardent, principalement lorsqu’ils sont en la république marine de laquelle je parle. C’est chose certaine et notoire qu’il n’y a aucune femme. Et qui plus est, la plume des lits où ils couchent, qui sont des planches, ne les chatouille pas comme ceux qui couchent mollement et qui sont bien nourris.

Quant à la dévotion que j’ai remarquée, et principalement en ceux du vaisseau où j’étais, si je veux faire comparaison de ceux qui sont ordinairement en leur maison et ont le moyen, les dimanches et jours de fête, d’assister au service divin : à la vérité, je ne trouverais que les marins, que l’on dit être ordinairement peu dévots, leur font leçon en dévotion. Car journellement, à l’aube du jour, les pages de la nef étant tête nue, agenouillés, rendent grâce à Dieu à haute voix, étant sous le mât, pour avertir tous autres de faire la même chose. Puis, allant dans la loge du château de proue, ils récitent encore à haute voix le Pater Noster, l’Ave, le Sanctus, le Credo. Etc. »

 
Lire l’article complet : Le chanoine Balourdet

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