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Liberté des mœurs et condition des femmes en Iran

19 avril 2012 | Publié dans Voyages | Écrire un commentaire
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À la plage sur les bords de la mer Caspienne

Dans ce pays où plus de la moitié de la population a moins de 20 ans, on sent une pression énorme pour le changement. La situation de l’emploi est très mauvaise et par ailleurs, la vie sociale est extraordinairement bridée : les distractions sont rares et surtout, les relations entre hommes et femmes sont impitoyablement réglementées. En-dehors du mariage, hommes et femmes mènent des vies très séparées. Écoles distinctes bien sûr, cours à l’université en commun mais sans la possibilité de discuter entre garçons et filles au-dehors. Naturellement impossibilité de « sortir » ensemble sans être dûment chaperonnés. Tout cela est bien sûr sujet à variations entre la capitale, les villes de province ou les campagnes reculées, et l’un des sports nationaux semble être la transgression de tous les divers interdits. Apparence maintenue mais secrets de polichinelle.

Il est un peu trop facile de qualifier de barbares toutes ces contraintes dans les relations entre hommes et femmes, car si nous remontons le cours de l’histoire d’un siècle, la situation en Europe n’était peut-être pas si différente et cela n’empêchait pas des gens d’être heureux. Cependant, aujourd’hui et malgré les interdictions, les Iraniens savent plus ou moins ce qui se passe à l’étranger et aspirent avidement à une liberté qui leur est déniée lorsqu’ils la voient à l’œuvre dans tant d’autres pays.

On imagine mal comment le pays pourrait continuer longtemps dans une voie rigoriste lorsqu’il existe une telle poussée démographique de la jeunesse qui aspire si naturellement à plus de liberté et d’indépendance.

Si les hommes et les femmes n’ont pas toute la liberté à laquelle ils aspirent, il est clair que les femmes sont encore moins libres que les hommes. Le port obligatoire du voile en est le symbole le plus éclatant. Même s’il est faux de croire que la Révolution a couvert de voiles des femmes qui l’avaient toutes abandonné, l’obligation absolue de cette règle vestimentaire pèse lourd à de nombreuses Iraniennes. Par force, le voile est rentré dans les mœurs, et il est subi comme une contrainte à laquelle on ne peut échapper.

Cependant, certaines voix nous dirent aussi que les femmes font payer très cher le port du voile : si la classe moyenne, aisée et éduquée a indubitablement perdu de la liberté avec la révolution, les franges plus traditionnelles et conservatrices pourraient bien y avoir largement gagné ; le prétexte d’une société laïque avec laquelle on ne pouvait se compromettre étant tombé, il n’y a plus aucune raison d’empêcher les femmes de prendre des responsabilités dans la vie sociale et professionnelle ; ces femmes l’ont compris et ont largement exploité la faille : ainsi, le voile devient paradoxalement un alibi de libération concrète tout en préservant les symboles traditionnels.

Bien d’autres signes humiliants soulignent la dissociation des sexes, comme ces ridicules enclos séparés de baignade sur les plages, ou l’avant des bus réservé aux hommes tandis que l’arrière se remplit de la cohorte des femmes en noir.

Cet isolement de la femme du regard des hommes procède de la volonté de réserver au seul mari les grâces de son épouse mais il faut beaucoup d’effort à un esprit occidental pour entrer dans une telle logique et en assumer les conséquences.

Certains Iraniens ont interprété la Révolution et sa pression sur les femmes comme une revanche des hommes dans une société où le pouvoir réel était souvent féminin : à la maison, c’était la femme qui prenait effectivement la plupart des décisions, au moins par influence.

La condition des femmes nous heurte, mais il y a bien pire dans le monde islamique : en Afghanistan où les femmes sont consignées à la maison et ne peuvent se faire soigner correctement à cause du manque de médecin féminins (elles n’ont pas le droit d’être examinées par des hommes ), ou même en Arabie Saoudite, monarchie arabe dite modérée où elles n’ont pas le droit de travailler ou même de conduire une voiture, contrairement à l’Iran où les femmes n’ont jamais été privés de ces droits, même au plus fort de la Révolution.

Durant tout notre voyage, nous avons rencontré des dizaines et des dizaines d’hommes qui nous ont abordé et ont discuté avec nous, mais nous n’avons pu parler qu’avec une poignée de femmes. Interpeller l’autre sexe ne se fait tout simplement pas. Toutefois, nous étions un tel sujet de curiosité que quelques unes ont brièvement transgressé la règle.

Feuilleter le carnet de route : Iran : voyage en Perse et au pays des mollahs

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