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Requins, mérous et cétacés à l’attaque des navires

16 avril 2017 | Publié dans Histoires de pèlerins | Écrire un commentaire
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Cétacé
L’attaque des navires par les monstres marins appartient à la geste des gens de mer. Pour la plupart des pèlerins de Terre sainte, qui embarquaient sur des navires à Venise, dans les ports des Pouilles comme Bari ou Brindisi, ce n’était qu’un des multiples dangers qui les guettaient dans leur périlleuse aventure.
 
Ludolph Schilder, un prêtre de Westphalie, séjourne en Orient de 1336 à 1341. Il y accompagne probablement en tant que chapelain un chevalier au service du roi d’Arménie. Au-delà des descriptions convenues des différentes étapes du pèlerinage et des sanctuaires de Terre sainte, Ludolph recense de nombreux renseignements sur les pays de La Méditerranée et du Proche-Orient, assortis de souvenirs personnels et imagés. Comme cette évocation des monstres marins :

« Un autre danger, mais qui ne menace que les petits bateaux, est celui des grands poissons. Il y a en mer un poisson que les Grecs appellent « truie de mer », que les petits bateaux redoutent beaucoup. Ce poisson ne fait aucun mal aux bateaux, sauf s’il est pressé par la faim. Si les marins lui jettent du pain, il s’en contente et s’en va. S’il ne veut pas s’en aller, il faut qu’un homme le regarde aussitôt d’un air irrité et terrible, alors il s’enfuit effrayé. Mais il faut que l’homme qui le regarde prenne bien soin de n’avoir pas peur du poisson et le fixe avec une audace qui l’horrifie. Si le poisson sent que l’homme a peur, il ne s’en va pas, mord le navire et le lacère.

Un très respectable marin m’a dit que, dans sa jeunesse, il était sur un petit navire ainsi menacé par ce poisson. Il y avait sur le navire un jeune homme réputé audacieux et dur ; quand le poisson approcha, il ne voulut pas lui donner du pain, mais, avec l’audace qu’il croyait avoir, il se jeta dans l’eau au bout d’une corde, comme on en a l’habitude, pour regarder le poisson d’un air furieux. Mais il fut si effrayé à la vue du poisson qu’il appela ses compagnons pour qu’ils le retirassent avec la corde. Le poisson vit la frayeur de l’homme et, tandis qu’ils le retiraient de l’eau, dansant au bout de sa corde, d’un coup de gueule il le coupa en deux jusqu’au ventre, puis il s’éloigna du navire.

Ce poisson n’est ni très gros ni très long, mais sa tête est énorme et tous les dommages qu’il cause aux bateaux sont le fait de ses morsures.

L’attaque d’un monstre marin

J’ai entendu le récit d’un autre marin digne de foi qui connaît à peu près toutes les routes sur mer et a couru des dangers innombrables et diverses terreurs en mer. Il me dit qu’une fois, près de la Barbarie, un navire faisait route à cause des vents contraires là où la navigation est des plus périlleuses à cause des rochers et des bancs de sable recouverts de très peu d’eau, alors qu’un peu plus loin, on ne trouve pas le fond à plus de dix mille brasses. Tandis que la navigation se poursuivait dans la crainte, le navire tomba sur un poisson appelé en français « mérou », qui se cachait dans les rochers. Le poisson sentit venir le navire et pensa peut-être que c’était quelque chose à manger. Ouvrant la gueule, il le mordit avec tant de violence que, bien que lourdement chargé, le navire recula fortement. Les passagers s’affolèrent, le pilote leur demanda de prier Dieu pour le salut de leur âme, car ils n’avaient aucune chance de survivre, le navire ayant sûrement heurté un gros rocher. Les marins descendirent dans la cale pour voir où était la voie d’eau et ils virent la dent du gros poisson enfoncée dans le bateau. Elle était aussi longue qu’une poutre et large de trois coudées. Ils ne purent l’extraire, même avec des instruments de fer, ils la limèrent avec une scie. Si la dent n’avait pas été si pointue, ce qui lui avait permis de pénétrer dans le navire, il se serait sûrement brisé.

J’ai vu près de la Sardaigne trois poissons qui, en respirant, projetaient en l’air une grande quantité d’eau avec un bruit de tonnerre. »

Ludolph de Sudheim – De itinere Terrae sanctae
[in Croisades et pèlerinages – Éd. Robert Laffont]

 
Lire l’article complet : Ludolph de Sudheim

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