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Un voyage aux arrière-pensées militaires (1432)

16 juin 2016 | Publié dans Histoires de pèlerins | Écrire un commentaire
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Philippe le Bon, duc de Bourgogne
Au début du XVe siècle, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, demande à l’un de ses vassaux, Bertrandon de la Broquière, d’effectuer « certain voyage secret auquel il l’envoie de présent, comme il appert par mandement de mondit seigneur. » Il s’agit en fait de se rendre jusqu’en Terre sainte et de traverser l’Asie Mineure et la Syrie pour y recueillir des informations militaires en vue d’une éventuelle croisade.
 
Après un voyage au trajet assez classique pour l’aller (il embarque à Venise pour Jaffa avec un groupe de pèlerins), Bertrandon effectue un retour beaucoup plus original et rare : il revient par la terre, traversant la Turquie jusqu’à Constantinople (qui tombera aux mains des Turcs vingt ans plus tard) et l’est de l’Europe avant de retrouver le duché de Bourgogne. À son retour, Bertrandon de la Broquière consigne par écrit le récit de son voyage :

Moi, Bertrandon de la Broquière, natif du duché de Guyenne, seigneur de Vieil-Châtel, conseiller et écuyer tranchant de mon très redouté seigneur [Philippe de Bourgogne], ai fait mettre en écrit ce peu de voyage que j’ai fait ; afin que si quelque roi ou prince chrétien voulait entreprendre la conquête de Jérusalem et y mener grosse armée par terre, ou quelque noble homme y voulut aller ou revenir, qu’il pût savoir les villes, cités, régions, contrées, rivières, montagnes, passages et pays et les seigneurs qui les dominent, depuis Jérusalem jusqu’au duché de Bourgogne. Et comme le chemin à Jérusalem est si notoire que plusieurs le savent, je me passe légèrement de le décrire jusqu’au pays de Syrie par lequel j’ai été tout au long, depuis Gaza qui est à l’entrée de l’Égypte, jusqu’à une journée près d’Alep, qui est la dernière ville quand on va en Perse vers le nord.

Pour accomplir mon dit voyage afin de faire le saint pèlerinage de Jérusalem, je partis de la cour de mon très redouté seigneur, qui était alors dans sa ville de Gand, le mois de février, l’an 1432. Et après que j’eus passé la Picardie, la Champagne et la Bourgogne, j’entrai au pays de Savoie où je passai le Rhône, et par le mont du Chat, j’arrivai à Chambéry. Et quand j’eus passé un grand pays de montagnes, je vins au pied de la plus grande et la plus haute de toutes que l’on nomme le mont Cenis, qui est très périlleux à passer en temps de grandes neiges pour deux raisons, ainsi que le disent ceux du pays. L’une parce qu’il faut avoir de bons guides qu’ils appellent marrons, pour trouver le chemin qui est couvert afin qu’on ne se perde pas. L’autre raison, parce que donner de la voix étonne la montagne et fait choir en bas la neige en grande impétuosité, disent lesdits marrons. Et pour cette raison, ils nous défendirent de parler haut et de donner de la voix. Cette montagne partage les pays de France et d’Italie.

[Le voyageur traverse alors le Piémont, passe par Milan, Florence, Rome puis Venise où, se joignant à un groupe de pèlerins, il embarque le 8 mai 1432 sur une galère et entame le cabotage qui les conduira à Corfou, la Crète, Rhodes, Chypre et enfin Jaffa.]

 
Lire l’article complet : Bertrandon de la Broquière

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