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L'homme qui fuyait le Nobel... jusqu'à Compostelle | Pèlerin La Croix Prions en Église Chantons en Église Croire S'identifier S'abonner Suivez-nous sur Facebook Twitter RSS A la une Patrimoine Pèlerinages Jeux Vidéos Diaporamas Sons Dossiers Blogs Forums Accueil > Pèlerinages > L'homme qui fuyait le Nobel... jusqu'à Compostelle L'homme qui fuyait le Nobel... jusqu'à Compostelle Patrick Tudoret, écrivain, auteur dramatique et journaliste, situe l'intrigue de son dernier roman sur les chemins de Compostelle. © DR Patrick Tudoret, écrivain, auteur dramatique et journaliste, situe l'intrigue de son dernier roman sur les chemins de Compostelle. © DR Imprimer a+ a a- 0 Commentaire Réagir Le dernier roman de Patrick Tudoret, L'homme qui fuyait le Nobel (Grasset), dont l'intrigue se passe sur les chemins de Compostelle, va recevoir le prix Claude Farrère le 17 mars. Entretien avec le romancier, qui nous raconte l'histoire d'une renaissance. À propos de l'article Publié par :Gaële de La Brosse Édité par :Cécile Picco Publié dans Pèlerin n°15 mars 2016 Pèlerin : Votre roman raconte l'histoire d'un écrivain reconnu, Tristan Talberg, qui, se voyant décerner le prix Nobel, s'enfuit sur les chemins de Saint-Jacques pour échapper au vacarme médiatique qui l'attend. Comment vous est venue l'idée de cette histoire ?Patrick Tudoret : Elle a surgi entre autres d'une anecdote que j'avais en mémoire. Un jour, le général de Gaulle reçoit à l'Elysée un futur ministre qui se tortille d'aise sur sa bergère Louis XV. Après lui avoir rappelé l'« importance » de sa tâche, de Gaulle, d'une voix qu'on imagine sépulcrale, lui dit : « Mais au fond, êtes-vous bien sûr de ne pas préférer la vie à tout ça ? » Eh bien, Talberg est, d'une certaine façon, un homme qui préfère la vie à « tout ça », ce « tout ça » étant la vanités de ce monde, les dorures, les rubans, tout ce qui nous alourdit avec la prétention de nous élever. ? Vidéo. L'homme qui fuyait le Nobel, de Patrick Tudoret. Le coup de coeur de la librairie La Procure.  
Avez-vous vous-même marché sur les chemins de Saint-Jacques ?P. T. : Je suis encore un « jacquet contrarié », en ce sens où je n'ai pas effectué le Chemin dans son intégralité. Mais j'en ai parcouru des tronçons et je connais beaucoup de ses méandres. " Compostelle est une passion qui me vient de l'enfance où j'étais fasciné par la geste médiévale, l'esprit chevaleresque et spirituel. " Le pèlerinage me semblait proche de cet esprit-là. Sur la route, le héros de votre roman lit le Voyage du Condottiere d'André Suarès, et il garde en mémoire cet incipit : « Le voyageur est encore ce qui importe le plus dans un voyage. Quoi qu'on pense, tant vaut l'homme, tant vaut l'objet. » Comment interprétez-vous cette citation ?P. T. : Je considère Suarès comme l'un des plus grands prosateurs français de tous les temps et son Voyage du Condottiere continue de m'accompagner dans mes voyages autour du monde. ` C'est un livre qui tient du prodige : prodige de la langue, de l'érudition esthétique, de la finesse d'observation. Et je pense comme lui que « le voyageur est ce qui importe le plus dans un voyage ». Quoi que l'on fasse, sur le Camino ou au fin fond de l'Océanie ou de l'Asie, ce n'est jamais que soi que l'on rencontre en premier, dont on doit parfois porter le fardeau... C'est la richesse du regard et du coeur qui fait toute la différence. Vous écrivez, par le truchement de votre héros, que la marche, « cette discipline de l'âme plus encore que du corps, est un exhausteur de mémoire ». Que voulez-vous dire par là ?P. T. : Je suis un adepte convaincu de la marche, qu'à l'instar de Giono je pense être une affaire de style. " Marcher est une manière de mettre l'âme en mouvement plus encore que le corps. " En marchant, je me récite souvent - ce que fait Talberg d'ailleurs - des poèmes, des fragments de textes, et ce mouvement agit, en effet, comme un exhausteur de mémoire. Souvent, d'un canton périphérique du cerveau jaillit une image, un souvenir, la voix d'un être aimé, son rire, qui s'attachent aux mots que l'on se récite, mentalement ou à haute voix. Sur ces chemins, votre héros retrouve le goût de vivre. Pouvez-vous nous évoquer son cheminement intérieur ?P. T. : Au commencement du roman, Tristan Talberg - pour les non-germanistes, il faut préciser que son nom (de berg, la montagne, et tal ou thal, la vallée) signifie « monts et vaux », avec ses hauts et ses bas - est un homme à terre, atterré par la mort de sa femme, cinq ans plus tôt. Il se considère même comme mort et s'étonne avec un certain humour que le prix Nobel puisse couronner un « mort »... L'électrochoc que constitue l'annonce du Nobel - qu'il ne veut pas, lui préférant un cheminement solitaire porté par le souvenir de sa femme - est finalement salutaire puisqu'il se remet debout, en marche, et que, croisant par hasard, à Conques, un des chemins de Compostelle (la Via podiensis), il renaît à la vie. C'est un peu l'histoire d'une résurrection. Tristan croise en chemin Emilie, avec qui il fait un bout de route. Quel est le rôle de cette jeune femme dans son cheminement ?P. T. : Leur rencontre a lieu sous des auspices bien peu favorables (elle commence par être fort désagréable) et Tristan ne sait pas l'importance qu'elle va avoir pour lui. Mais peu à peu, une profonde complicité va s'instaurer entre eux, une amitié presque miraculeuse qui sera l'un des ingrédients majeurs de son retour à la vie. Chacun sait que l'amitié (philia) est l'une des formes les plus exigeantes de l'amour. Toutefois, qui est vraiment cette jeune Emilie ? Pourquoi chemine-t-elle seule ainsi, dans les intempéries de cet automne déclinant ? La réponse est donnée à la fin... Il y a un autre personnage, dans ce roman : Yseult, la femme de Tristan, décédée depuis peu d'une longue maladie. Sur le chemin de Saint-Jacques, Tristan engage avec elle une relation épistolaire. Comment cette marche l'aidera-t-il à faire son deuil de cette épouse tant aimée ?P. T. : Yseult (qui s'appelle bien Yseult, contrairement à Tristan qui, lui, a choisi de changer de prénom pour être à la hauteur de leur amour) est la vraie héroïne de mon roman. Elle en est l'épicentre, l'axe autour duquel tout se bâtit. Cette femme, première danseuse à l'Opéra de Paris, qui a vu son rêve brisé par la maladie de Huntington, est en effet morte depuis plusieurs années au début du roman. Pourtant, sa présence se fait plus forte de jour en jour pour Tristan, à telle enseigne que, alors qu'il a cessé d'écrire, il se remet à le faire sous la forme de lettres qu'il lui « envoie » chaque jour, lui racontant son chemin, ses états d'âme, lui redisant tout son amour. Très vite, il s'en rend compte, les pas qu'il fait sur le Chemin le rapproche d'elle, du sillage lumineux qu'elle a laissé. Yseult avait un jour évoqué le rêve de « faire Compostelle » avec son mari, écrivez-vous. Est-ce donc une sorte de pèlerinage « par procuration » que Tristan Talberg accomplit ?P. T. : Oui, absolument. Il le fait pour deux, dans le sens strict du mot « procuration », mais avec une ardeur telle que l'agnostique qu'il est touche peu à peu au mystère de la foi de sa femme, cette foi d'airain qu'il admirait tant chez elle sans pouvoir la partager. Yseult avait gardé la foi jusqu'au bout de son long calvaire. Tristan la trouve-t-il en chemin ? Ou au bout du chemin ? Dans le silence, et même dans la prière, puisqu'il récite celle des orthodoxes : « Seigneur Jésus, fils de Dieu le Père tout-puissant, prends pitié de moi pauvre pécheur » ?P. T. : Comme je viens de le dire, Tristan est un agnostique, mais un agnostique d'une espèce particulière, capable de citer les pères de l'Eglise et passionné par Pascal, saint Augustin et les mystiques rhénans - ce que je fus moi-même naguère, soi dit en passant, avant de revenir à la foi. Oui, comme vous le notez, il en vient même, quand il est épuisé par le chemin, à réciter la prière monologique des hésychastes. Est-ce le roman d'une conversion ? Nombre de lecteurs ou de critiques l'ont lu comme cela. En fait, le lecteur a toujours raison et je préfère le laisser décider, écrivant seulement à la fin : « Si la foi devait s'offrir à lui, alors, oui, il se laisserait faire, la prendrait comme un don, comme un legs d'Yseult qui, enfin, peut-être, abolirait le temps et les larmes. » Au moment où ils arrivent à Saint-Jacques-de-Compostelle, Tristan rappelle à Emilie la phrase de Grégoire de Nysse : « On vient à Dieu de commencements en commencements, par des commencements sans fin. » Que signifie cette phrase dans ce contexte ?P. T. : Oui, il cite cette phrase avec une certaine ironie tandis qu'ils approchent de Santiago et sont dans un état d'épuisement total. Mais cette phrase traduit aussi pour lui ce cheminement exigeant, profond, sans fin, que lui semble être la foi. Il n'est sûr de rien, mais le simple fait d'évoquer ces « commencements » sonne pour lui comme une renaissance au monde et à ceux qui le peuplent - une véritable résurrection. En parvenant au cap Finisterre, les deux pèlerins, conformément à la tradition, brûlent leurs chaussures. Quelle signification a cet acte rituel pour eux ?P. T. : La tradition veut, en effet, qu'arrivé à Saint-Jacques-de-Compostelle, on poursuive jusqu'au cap Finisterre et que là, sur la plage, on brûle dans un feu de joie les vêtements que l'on portait, à commencer par les chaussures. Cette symbolique, très baptismale, de mort et de renaissance, est belle, et Emilie et Tristan y sacrifient de bon coeur en compagnie d'un groupe de jeunes Italiens. Là, ce qui pourrait n'être que mélancolique devient quasi burlesque. Au début de son périple, en traversant la Margeride, Tristan se posait deux questions : « Je marche. Vers quoi ? Je ne sais. Pourquoi ? Je ne sais pas non plus. » A la fin de l'histoire, y a-t-il répondu ?P. T. : Encore une fois, je laisse au lecteur le soin de répondre à ces questions. Sait-on réellement, nous, humains, vers quoi nous marchons ? La réponse est sans doute déjà dans la marche elle-même, dans le mouvement qui est la vérité, quand la statique, l'enlisement, le sur-place de l'imbécile satisfait relèvent du mensonge. « Je ne puis approuver que ceux qui cherchent », a écrit Pascal. Quant au roman, il se termine sur ce mot de Bernanos : « L'enfer, c'est de ne plus aimer »... Une chose est sûre : si Tristan a appris quelque chose dans sa longue marche et ses multiples rencontres, c'est bien cette magnifique évidence. Prochaines rencontres et séances de dédicaces : - 18 mars 2016, de 17h à 18h : dédicaces au Salon du livre de Paris (stand Grasset). - 12 mai 2016, à 20h30 : « Paroles d'encre », rencontre-dédicaces à l'Atelier Numérique, rue Saint-Simon, à Versailles (78). - 21 mai 2016, à 11h : rencontre-dédicaces à la Médiathèque de Périgny, à La Rochelle/Périgny (17). - 29 mai 2016, de 14h30 à 17h30 : dédicaces au Lycée Stanislas, à Paris. - 3 juin 2016 en fin de journée : rencontre-dédicaces à la librairie L'Esperluète, à Chartres.  ............ A lire : Patrick Tudoret, L'homme qui fuyait le Nobel (roman), Grasset, 2015, 240 p., 18 euros. Une édition en gros caractères vient de paraître aux Editions de La Loupe (310 p., 21,20 euros). Imprimer a+ a a- 0 Commentaire Réagir Vos commentaires 0 Commentaire Réagir Paru le 3 mars 2016 Je m'abonne Espace abonnés Je gère mon compte Je me réabonne Mes avantages  Je lis le dernier numéro  J'accède à mes contenus réservés  J'accède à l'espace abonné croire.com Lettre d'information Suivez, chaque semaine, l'actualité de Pelerin.com Notre Librairie Tous les produits Voyages et croisières Pèlerin © Bayard 2016 Mentions Légales CGU Qui sommes-nous ? 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