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Jean-François Duchosal: «Je suis un éternel pèlerin» | L'illustré Aller au contenu principal PhotosVidéosNewsMagazine Rechercher Mobile search block Search this site   Fermer S'abonner Formulaire de recherche Search this site Fermer Blaise Kormann«Le pèlerinage, dit Jean-François Duchosal, c'est une aventure spirituelle qui recommence chaque matin. On écoute le silence, on regarde l'invisible.» «Le pèlerinage, dit Jean-François Duchosal, c'est une aventure spirituelle qui recommence chaque matin. On écoute le silence, on regarde l'invisible.» Blaise Kormann Aventure humaine Jean-François Duchosal: «Je suis un éternel pèlerin» 10 août 2016 Pour fêter ses 80 ans, le colonel Jean-François Duchosal, ancien responsable de la sécurité à l'aéroport de Cointrin, vient d'accomplir son troisième pèlerinage de Compostelle.   Par Robert Habel Claude Nicollier: «Buck Danny fut une de mes grandes inspirations» P-26, l'armée de résistance qui n'existait pas Il a versé une larme en arrivant devant la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, mardi 28 juin, puis quelques larmes encore, trois jours plus tard, en atteignant le cap Finisterre, la fin ultime du célèbre pèlerinage qui marque aussi la fin des terres, ce promontoire qui domine l'océan Atlantique et donne un sentiment d'immensité et de mystère. «J'étais pris par des émotions exacerbées, dit-il. Je ressentais à la fois la joie très pure d'un enfant et un sentiment plus profond, comme si je disais merci à la vie.» Jean-François Duchosal a demandé à un artisan breton de fabriquer le bâton de ses rêves: il est fait en chêne, pèse 1,5 kilo et comprend une cache où il met un peu de terre du Grand-Saconnex au départ, remplacée par de la terre de Compostelle à l'arrivée. Photo: Blaise Kormann Ancien colonel à l'armée et ancien responsable du Service de sécurité à l'aéroport de Cointrin, à Genève, jusqu'à sa retraite en 1998, ami intime de l'abbé Pierre et humaniste passionné, Jean-François Duchosal vient de boucler, plus énergique et plus joyeux que jamais, son troisième pèlerinage de Compostelle. Un petit cadeau anticipé qu'il s'est offert pour ses 80 ans, qu'il fêtera le 23 octobre prochain. «J'avais fait un petit pèlerinage à Lourdes, l'année dernière, une marche de quarante jours, dit-il avec cet entrain qui ne le quitte jamais, et je me suis dit, après être rentré à la maison: «Tu arrives à 80 ans et tu vas marcher 80 jours.» Donc j'ai repensé à Compostelle.» Le bonheur au bout de la route 2275 kilomètres à pied depuis Genève, en partant de son appartement du Grand-Saconnex, à travers la France et l'Espagne. Des étapes de 20 à 40 kilomètres par jour, selon le terrain, la météo, les rencontres, au gré de ses envies et de son inspiration. Deux mois et demi hors du temps, dans ce lieu unique que les pèlerins appellent tout simplement, avec un mélange de familiarité et de respect infini, le Chemin. «Les derniers jours, explique Jean-François Duchosal, j'ai lâché les chevaux, j'avais vraiment envie d'avancer. J'ai fini fort, j'étais comme aspiré, j'ai fait plus de 40 kilomètres par jour. J'ai dû laisser deux copains qui marchaient trop lentement, c'est toujours difficile de se séparer, mais je devais avancer. Parfois, dans les longues lignes droites, je me sentais en lévitation. J'étais aussi porté par tous les messages que je recevais. Des copains de l'armée, des amis, des gens de ma famille. C'était comme des intentions de prière qui me donnaient de la force. Moi, je crois à la force de la prière.» Dans son sac ventral, le colonel Duchosal remise soigneusement son cahier de pèlerinage, où il note chaque soir son itinéraire et ses pensées. Photo: Blaise Kormann Il a perdu 4 ou 5 kilos: il pèse maintenant 70 kilos pour 176 cm; le ventre plat, le corps sec et vigoureux comme un sarment de vigne, le visage tanné par le soleil, les yeux pétillants, la voix claire, le sourire, le rire... On sent qu'il a encore rajeuni, comme après chacun de ses pèlerinages: Compostelle, déjà, en 2001 et en 2006; Jérusalem (5000 kilomètres en cinq mois et demi), en 2007, et des quantités d'autres (le Mont-Saint-Michel, Cordoue, l'abbaye de Saint-Maurice...). Son bâton à portée de main et son sac à dos juste à côté, les deux incontournables du pèlerin, Jean-François Duchosal est assis tranquillement sur une terrasse, à deux pas de la cathédrale. C'est la fin de l'après-midi, le soleil commence à décliner. «Le Chemin, c'est 100% de plaisir! dit-il en souriant. On est content en arrivant, parce qu'on se dit qu'on va retrouver sa famille, mais on est aussi un peu triste. On a déjà envie de repartir!» Un jeune homme de 80 ans JF ou Ducho, comme l'appellent ses copains, a presque 80 ans, mais il en paraît quinze de moins. On dirait un jeune retraité un peu espiègle, qui vient de réussir son pari un peu fou. Il a un vrai charisme, une joie intérieure qui irradie autour de lui. Fier de ses racines paysannes et de son solide accent genevois, mais tout aussi fier d'aller à la découverte du monde et à la rencontre des autres. Sur cette terrasse de Compostelle, il retrouve des amis croisés et recroisés sur le Chemin: le magnétiseur, un ex-policier français devenu thérapeute et même guérisseur à ses heures; l'artiste, une actrice hollandaise drôle et pétillante; le Suisse allemand, un grand gaillard qui mesure 2 mètres... Des souvenirs qui se bousculent déjà, une espèce de nostalgie... Avec lui, le colonel Duchosal emporte dans son sac une photo de ses deux filles, Marie-Mélanie (à g.) et Isabelle. Photo: Blaise Kormann La vie sur le Chemin, c'était la liberté absolue, l'improvisation totale, le bonheur à l'état pur: des gestes simples et essentiels, des activités si immédiates et si banales qu'elles en devenaient quasiment existentielles. Les rencontres, l'ardeur du matin, la fatigue du soir, le menu pèlerins à 10 euros, les gîtes, la beauté des paysages, le soleil, la pluie, les vins dénichés ici et là et dégustés comme de grands crus, les animaux qu'on aperçoit à l'aube, un faisan, un chevreuil, un lièvre... Duchosal raconte tout cela à sa manière, avec tout le sérieux du militaire, mais aussi avec le souci du détail qui ne tue pas. Car ce qu'il cultive, lui, c'est le détail qui fait plaisir. C'est le détail qui fait ressentir la beauté du monde et la fraternité humaine. «J'ai toujours voulu faire un pas vers l'autre, un de mes amis m'avait surnommé le passeur d'espoir.» Gravée sur son bâton, sa devise tient en deux mots: «En avant». Une enfance à la ferme Un goût viscéral de l'action (c'est son côté soldat), mais un regard qui va au-delà et qui cherche à comprendre le sens de la vie (c'est son côté moine-soldat): Jean-François Duchosal a des racines et des ailes. «Mon père avait une ferme à Satigny, c'est là que j'ai passé mon enfance. On avait deux chevaux, quinze vaches; on avait aussi une vigne et on faisait du gamay, du chasselas. J'aurais aimé être paysan, mais mon père a vendu sa ferme. Je me rappelle qu'en allant à Jérusalem, j'ai pris la fourche et j'ai fait les foins avec un paysan en Serbie. C'était magnifique!» Il commence pourtant sa vie professionnelle de la manière la plus conventionnelle qui soit, la plus triste en fait: fonctionnaire aux Services industriels. Il en rigole encore. «Je relevais les compteurs dans les immeubles, je suis devenu ensuite chef de service.» Il se marie à 27 ans et a une première fille, Isabelle. Il a aussi fait l'armée, qu'il a détestée avant de l'aimer au point d'y faire carrière et de devenir colonel. Comme chaque pèlerin, le colonel Duchosal emporte son crédential, le carnet qu'il doit faire tamponner à chaque étape de sa longue marche. Photo: Blaise Kormann Le jour où sa vie va basculer? «Je tombe un jour sur le major Troyon, qui était le chef du Service de sécurité à Cointrin. J'étais officier à l'armée, mais j'étais en train de moisir dans un bureau. Il me dit: «Mon adjoint vient de sauter sur une mine, tu ne veux pas le remplacer?» Je lui ai dit oui, et c'est comme cela que tout a commencé.» L'aéroport, le sens de la mission, l'engagement total, vingt-quatre heures sur vingt-quatre sept jours sur sept. Résultat, un divorce douloureux après douze ans de mariage, avant un remariage et la naissance d'une deuxième fille, Mélanie. «Ma première femme était une femme de fonctionnaire. La deuxième, Marie-Josée, est une femme de marin, dit-il en riant. On est mariés depuis quarante-deux ans, c'est une Valaisanne, elle s'occupe de tout, moi je n'ai jamais rien fait à la maison. Elle tolérait mes horaires de dingue quand j'étais à Cointrin et elle me pardonne maintenant mes absences pour mes pèlerinages.» «Je viens d'arriver au cap Finisterre, mais j'ai encore des rêves plein la tête. Je vais continuer à marcher: si l'on arrête de rêver, on est foutu», confie Jean-François Duchosal. Photo: Blaise Kormann Duchosal est un chef à l'ancienne, franc et direct, aimé par ses troupes et habitué des coups de gueule: un soldat au grand coeur. Chef du service d'intervention de déminage à Genève, il enchaîne aussi les missions en Afrique, sur ses vacances, pour aider les victimes des conflits. Quand il est rattrapé, à 65 ans, par le couperet de cette retraite qui lui fait horreur, il refuse de se laisser aller et il se lance à fond dans ce qu'il appelle «ma seconde vie active»: il devient membre du Comité d'Emmaüs et de quantité d'autres associations humanitaires. Mais il va surtout devenir ce qu'il est désormais depuis plus de quinze ans: un éternel pèlerin! Sous le soleil de la foi Il a toujours eu la foi, une foi naturelle et chevillée au corps, une foi très terrienne, en somme, mais il n'appréciait pas trop les curés. «J'ai été enfant de choeur, je me rappelle la date de ma première communion, c'était le 27 mai 1945, mais j'ai pris mes distances après. Comme le disait mon père, il vaut mieux être tout seul dans une petite chapelle que dans une grande église entouré de faux jetons. Mais je suis toujours resté profondément croyant: j'ai foi en l'homme et j'ai foi en Dieu.» En arrivant au cap Finisterre, qui domine l'océan, Jean-François Duchosal a fait quelques pas dans le sable, au bord de la mer. «Je n'ai même pas eu mal aux pieds, cette fois. C'était parfait.» Photo: Blaise Kormann Duchosal a mal vécu son divorce, quand il s'est heurté à l'hostilité de l'Eglise, à sa rigidité. Mais la foi va le rattraper et elle va même le frapper en plein coeur: sa deuxième fille, Mélanie, décide soudain de devenir religieuse. «Elle aimait la vie, elle était épicurienne, elle aimait les vins, mais elle a eu l'appel de Sainte-Thérèse. Elle s'appelle aujourd'hui soeur Marie-Mélanie. Elle est entrée dans les ordres à 22 ans, elle en a 40 maintenant. Elle travaille comme infirmière, elle aide les gens. Elle passe six mois par an en Slovénie, on se voit peut-être une fois par année. Je l'appelle «ma petite soeur», pour plaisanter.» Duchosal en a-t-il voulu à Dieu de lui avoir pris sa fille? N'est-il pas devenu pèlerin pour essayer d'accepter et pour ne pas s'enfermer dans la souffrance et le ressentiment? «En tant que parents, dit-il, on se dit que le plus important, c'est que nos enfants fassent ce qu'ils souhaitent le plus. Ma fille a fait un choix beau et difficile. Elle est entrée en religion un 1er mars; c'est pourquoi je suis parti pour mon premier pèlerinage un 1er mars. Le 1er mars 2001. J'ai fait 18 500 kilomètres depuis! Cet appel spirituel qui m'a saisi a étonné mes vieux copains. Ils m'ont dit: «On savait que tu étais fougueux, Ducho, mais on ne savait pas que tu avais ce feu sacré.» Une prière au fil des pas Sur le Chemin, Duchosal portait son sac à dos de 13 kilos, mais aussi un petit sac ventral avec quelques trésors: les cartes des régions traversées, son carnet de notes, des photos de sa femme, Marie-Josée, de ses filles et de ses petites-filles. Une prière toute simple de soeur Marie-Mélanie l'accompagnait aussi, qu'il a répétée régulièrement, comme un mantra: «Jésus, Marie, protégez la vie.» «J'ai réfléchi en marchant, reprend-il, et c'est venu peu à peu. Je garderai l'esprit pèlerin jusqu'à la fin de mes jours, mais je crois que je ne repartirai plus pour un pèlerinage aussi long. J'ai quand même 80 ans et je sens que ma famille commence à s'inquiéter. Ma première fille, Isabelle, a deux filles: Sarah, 10 ans, et Alexandra, 8 ans. Je veux aussi passer du temps avec elles. Mon bâton finira avec moi dans mon cercueil, à moins qu'une de mes petites-filles n'ait envie de reprendre le flambeau.» Bien-êtreExploitSuisse Romande Réseaux sociaux Le phénomène Kristina Bazan Lieux du drame La chute vertigineuse d'Estelle Balet Conquête spatiale SpaceX lance et fait revenir son lanceur en douceur Photographie Il reproduit notre drapeau avec des trombines d'autochtones Portrait Soeur Benedikta, ermite en ville Euro 2016 Il était une fois l'Islande...   Inscrivez-vous à notre newsletter ContactAbonnementServicesPlan du site PublicitéE-paperà proposCGU © 2016 Ringier Axel Springer Suisse SA