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Les Arméniens de Jérusalem [1/5] – De Byzance à l’État d’Israël

28 janvier 2017 | Publié dans Proche-Orient | Écrire un commentaire
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Religieux dans le quartier arménien de Jérusalem

Pendant la période byzantine, les Arméniens ont constitué une part importante des milliers des moines qui vécurent dans le désert de Palestine. Ils venaient aussi comme pèlerins en caravanes de 400 à 500 personnes pour visiter les Lieux saints. Après sa victoire sur les Byzantins et son entrée à Jérusalem en 638 après J.-C., le calife Omar accorda au patriarche arménien la conservation de ses biens et la liberté de culte.

Avec l’amélioration des routes et des moyens de transport, le nombre de pèlerins atteignit 8 à 10 000 personnes par an. Pendant des siècles, l’accueil, l’hospitalité et le logement des pèlerins furent partie intégrante de la vocation du patriarcat arménien de Jérusalem. S’assurer de la sécurité sur les routes n’était pas moins important. Des gîtes de repos ou caravansérails furent établis le long des routes terrestres et maritimes, appelées en arménien Hoketoun, qui signifie « les maisons de l’âme. »

Malgré la mention fréquente des résidents arméniens en Palestine dans les rapports juridiques de la Sharia, il n’y a pas de chiffres fiables concernant la population arménienne entre les XVIe et XVIIIe siècles. Une image plus claire apparaît au XIXe siècle, quand les rapports et les registres furent systématiquement conservés. Selon le recensement de 1903, il y avait 1 200 Arméniens à Jérusalem, 300 Arméniens à Bethléem et quelques centaines de plus à Jaffa, Ramlah et Nazareth. Pendant des siècles, les dons des pèlerins constituèrent le principal revenu du monastère Saint-Jacques. L’argent était utilisé pour l’entretien, le paiement des impôts aux autorités et l’entretien des Lieux saints.

Le trésor du monastère Saint-Jacques abrite des cadeaux donnés par des pèlerins durant les 1 000 dernières années. Il était habituel pour chaque pèlerin se rendant à Jérusalem de laisser une offrande, et nombre d’entre eux ont offert des objets précieux d’une grande valeur artistique. La collection inclut une demi-douzaine de chasubles taillées dans la tente personnelle de Napoléon, qui donna cette tente aux moines arméniens de Jaffa pour les remercier d’avoir permis de transformer leur monastère en hôpital pour les soldats atteints par la peste.

Déclin de la présence arménienne

La première guerre mondiale inaugura une longue période de crise. Le monastère perdit une source majeure de revenu quand le pèlerinage s’arrêta pendant la guerre. Puis, après l’armistice de 1918, le monastère dut s’organiser en urgence pour héberger et alimenter les milliers des survivants du génocide arménien qui venaient se réfugier à Jérusalem. Ayant servi pendant des siècles d’hospice pour des pèlerins, le monastère devint un relais d’étape pour ceux qui avaient tout perdu. En 1922, il ouvrit deux orphelinats pour 700 orphelins d’Irak. À cette époque, la petite communauté arménienne de Jérusalem augmenta de 1 500 à 5 000 personnes.

Famille arménienne de Palestine en 1922

Famille arménienne de Palestine en 1922

En 1922, quand les Arméniens furent évacués des villes de Turquie méridionale (Cilicie) à la suite de l’offensive de Mustapha Kemal, quelques bateaux de réfugiés atteignirent la côte palestinienne, notamment à Haïfa. Les autorités britanniques leur interdirent tout d’abord leur entrée, mais à la suite des protestations des notables arabes de Palestine, ils furent autorisés à débarquer. Le chef arabe du village de Sheikh Breik offrit gratuitement du terrain aux réfugiés arméniens, qui bâtirent le village d’Athlit près de Haifa. En 1925, il y avait 15 000 Arméniens en Palestine, résidant principalement à Haïfa, Jaffa et Jérusalem.

C’est la guerre de 1948 qui fut la cause des bouleversements majeurs. Du jour au lendemain, les communautés arméniennes de Jaffa et Haïfa, fortes de 10 000 personnes, furent réduites à 1 000 personnes tout au plus. À Jérusalem-Ouest, plusieurs centaines de familles arméniennes perdirent aussi leur maison et leur activité commerciale ; et elles se réfugièrent dans le quartier arménien de la vieille ville. Tout à coup, les autorités monastiques durent pourvoir aux besoins de 4 000 réfugiés.

Avant 1948, la communauté arménienne en Palestine s’élevait à 15 000 personnes. Loin d’émigrer, beaucoup d’Arméniens venaient en Palestine à partir de pays comme le Liban et la Syrie. Après 1948, le modèle changea complètement. Quelques Arméniens de Haïfa et Jaffa se réfugièrent à Beyrouth et Amman, dans l’espoir de revenir bientôt, tandis que d’autres vinrent séjourner avec leurs parents à Jérusalem. Par la suite, nombre d’Arméniens se rendirent à Amman, Beyrouth et au Koweït pour trouver un emploi.

Puis, au début des années 1960, l’émigration s’orienta vers le Canada, les États-Unis et l’Australie. Après 1967, l’émigration s’accéléra, cette fois vers Los Angeles. L’occupation israélienne contrecarra l’augmentation naturelle de la communauté en Palestine en bloquant l’immigration en provenance des pays arabes. Le nombre d’Arméniens à Jérusalem était 5 000 en 1949 et 3 500 avant 1967. Aujourd’hui leur nombre est d’environ 2 500 à Jérusalem, 500 dans en Cisjordanie (principalement à Bethléem et Ramallah), 400 à Jaffa, 350 à Haïfa, 100 à Nazareth et les environs et 200 dans le reste du pays (tous ces chiffres sont des estimations.

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Source : Armenians of Jerusalem : une étude de George Hintlian, archiviste du Patriarcat arménien de Jérusalem

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