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Coquins, gueux et catins… sur le Chemin de Saint-Jacques

Pèlerins et gueux
Loin de l’image d’Épinal du pèlerin enveloppé d’une cape rapiécée, protégé d’un chapeau à large bords et s’appuyant sur son bourdon, quémandant sa pitance auprès d’institutions charitables, Pablo Arribas, juriste, écrivain et spécialiste reconnu de l’univers jacquaire, présente dans une somme picaresque le large éventail de ceux qu’il a rencontrés sur le chemin de Compostelle.
 
Des Gitans, des gueux, des vagabonds déguisés, des mendiants professionnels, des faux infirmes, des couples de concubins, des prostituées, etc. Il décrit également ceux qui veulent tirer parti des pèlerinages.

L’image communément véhiculée du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle relève d’une interprétation idéale du pèlerin. Évidemment, le tableau n’a pas toujours été aussi idyllique et, du Moyen Âge jusqu’à une époque plus récente, des individus de toute sorte ont voyagé à côté du pèlerin, parfois à sa place.

Alors qu’on imagine « le pèlerin » tellement exemplaire et sûr de son chemin, de son but et de ses intentions, tellement bien accueilli dans les hôpitaux, tellement fort dans l’adversité, tellement généreux avec les plus démunis, c’est une tout autre image que livre Pablo Arribas, en faisant surgir impétueusement une cohorte désordonnée, bruyante, criarde, sale, joyeuse, querelleuse de coquins, gitans, gueux, voleurs, mendiants déguisés en pèlerins,etc. toute une cour des miracles itinérante qui prend dans ses filets, recouvre et étouffe presque le pauvre pèlerin.

En chemin, les tentations sont nombreuses. On boit plus que de raison ; pour certains hommes et femmes, le pèlerinage était aussi l’occasion de faire des affaires et d’avoir des aventures galantes. Une licence qui se pratique dans tous les pèlerinages. Ainsi Pétrarque narre une aventure galante lors du jubilé romain de 1350.

À l’inverse, on apprend que les Flamands n’hésitaient pas à infliger aux prostituées la peine du pèlerinage. L’archevêque de Canterbury condamna lui-même, en 1283, un abbé fornicateur récidiviste, Rogelio, à prendre le chemin de pénitence de trois sanctuaires continentaux, Saint-Jacques d’abord, Rome et Cologne ensuite.

Il y a aussi le fait qu’à une telle compagnie, hétéroclite et bruyante, vient s’ajouter la picaresca organisée et institutionnelle de ceux qui veulent profiter du pèlerinage, qui attendent les pèlerins pour les détrousser, mention spéciale aux taverniers, aubergistes, hôteliers… tous ennemis historiques des pèlerins, dont la mauvaise réputation constitue le lieu commun de tous les récits de voyage, lesquels nous offrent une autre physionomie d’un chemin où la lutte quotidienne pour la survie semble être une des règles essentielles.

Non moins condamnables sont les agissements de quelques institutions religieuses résolues à multiplier reliques et dévotions. Par un langage riche en nuances, un peu coquin, empreint d’un certain ton égrillard et jovial, Pablo Arribas insuffle un ton rafraîchissant à ce livre savant et érudit.

Pablo Arribas – Coquins, gueux, catins… sur le chemin de Saint-Jacques
Éditions Cairn – 455 pages

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3 réponses à : “Coquins, gueux et catins… sur le Chemin de Saint-Jacques”

  1. emmeffe :

    Où peut-on se procurer ce bouquin ?  Tout ce qui touche au Moyen Age et spécialement  au pélerinage compostellan de cette époque  m’interesse (mettre mes pas dans ceux de ces hommes et de ces femmes a été ma motivation pour partir !) 
    merci d’avance pour les infos
    marie france

  2. lauteur :

    Le livre est paru aux éditions Cairn, à Pau.
    On peut le trouver sur les sites des grands libraires en ligne.
    Et, par exemple, pour changer des Amazon, Fnac etc. sur Mollat.com

     

  3. emmeffe :

    merci de l’info
    Et merci doublement parce qu’à  Amazon il est  de plus en plus difficile de trouver autre chose que les bouquins tout-venant ou « opportunistes » quant à la Fnac, ça devient du style « marchands de petits-pois » plus que réels spécialistes 
    bonne soirée
    marie france

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