Alexandre : un roi philosophe
À l’exemple et d’après Onésicrite, Plutarque fait d’Alexandre un philosophe : il a été formé par les leçons d’Aristote, sa force il la doit à la philosophie ; il accorde, dans son entourage, une place de choix aux philosophes : on rapporte « qu’il considéra Anaxarque comme le plus précieux de tous ses amis, qu’il donna dix mille pièces d’or à Pyrrhon d’Élis la première fois qu’il le rencontra, qu’il fit présent de cinquante talents à Xénocrate ». (1)
Un philosophe en action
Il est vrai qu’Alexandre n’a rien écrit, mais les philosophes les plus célèbres, tels Pythagore et Socrate, non plus, ce qui compte étant « ce qu’ils ont dit, la façon dont ils ont vécu, ce qu’ils ont enseigné » ; il a pratiqué la véritable philosophie qui consiste en actions, et c’est ce que signifie le mot qu’il répétait parfois : « Si je n’étais pas Alexandre, je voudrais être Diogène », c’est-à-dire : si je ne pratiquais pas la philosophie par mes actions (erga), je la professerais dans mes discours (logoi).

Alexandre le Grand et Diogène
Si la philosophie tire sa plus grande gloire de former et de polir les esprits, qui peut, à plus juste titre, prétendre au titre de philosophe, qu’un prince qui a civilisé tant de nations ?
Le projet qui inspira son entreprise fut un projet philosophique, car il tendait à faire l’unité du genre humain, et à réaliser cet État universel, dont Zénon, le fondateur de l’École stoïcienne, ; devait ensuite faire la théorie dans sa République « tant admirée ».
« La pensée directrice de l’expédition, continue Plutarque, montre dans Alexandre un philosophe, dont ce fut le dessein d’unir tous les hommes par les liens de la concorde (homonoia), de la paix et d’un commerce mutuel. » Interprétation qui permet de donner à certains faits toute leur valeur : la nouveauté de la politique d’Alexandre à l’égard des « Barbares » — qu’il se refuse à traiter « despotiquement », malgré le conseil d’Aristote —, sa volonté d’instaurer la collaboration, la fraternité et la concorde entre les Macédoniens et les Perses, son rêve peut-être d’une homonoia plus large embrassant les peuples de la terre entière, ses tentatives eugéniques de mélange des races, son respect de l’individualité des peuples, de leurs usages et de leurs lois nationales, son entière tolérance (il est vrai tout à fait grecque) envers leurs dieux, la diffusion de la culture et de la langue grecques en vue de la participation de tous à la communauté universelle, une monnaie unique imposée à l’Empire, etc. (1)
Une philosophie ne vaut que si elle est mise en pratique

Aristote : détail de « L’école d’Athènes »
fresque de Raphaël - musée du Vatican
Les Grecs ne jugent pas le philosophe seulement sur ce qu’il dit mais sur ce qu’il est : conforme-t-il sa vie à ses propos, ou non ? Autrement dit, ils ne veulent pas seulement un « philosophe » (qui s’en tiendrait à des paroles) mais un « sage ». Un sage : ce que Calanos a été pour Pyrrhon, Pyrrhon pour Timon. Un sage ? une présence, un homme qui, par le fait d’être là, ébranle notre quotidienneté, nous oblige à remonter à l’origine de nous-même, de nos choix, de notre être-au-monde.(…)
On ne rend pas crédible ce que l’on dit en ajoutant indéfiniment des mots à d’autres mots, mais en allant au-delà des mots — qui ne sont là que pour se faire oublier. Il faut changer de plan, fournir la preuve expérimentale, montrer que l’on est philosophe dans sa façon de vivre et de mourir.
L’action d’Alexandre fait surgir un nouveau monde humain. Elle est donc arbitraire, car elle ne peut se justifier à partir de ce qui est déjà, puisqu’elle le renverse, ni à partir de ce qui n’est pas encore, puisque la fonction de justification qui est la raison commune ne le reconnaîtra qu’après coup. « L’action était pour Alexandre, dit Droysen, ce que la pensée était pour Aristote. »
(1)
(1) Marcel Conche - Pyrrhon ou l’apparence
Ajouter à mes favoris Recommander ce site par mail Haut de page
|
|
Sélection d’articles de la semaine :
Trajet entre Syrie et Liban : un exemple de cartes disponibles et de leur utilisation - Pèlerin d’Orient : à pied jusqu’à Jérusalem
En bordure du désert de Gobi - Les cavaliers de la steppe, un voyage d’aventure au pays de Gengis Khan
La Via Francigena, autrement dit la « Voie des Français », est un réseau de routes et chemins empruntés par les pèlerins venant de « France » (aussi bien l’actuel pays de France que le sud de l’Allemagne longtemps considéré comme « le pays des Français »
Jérusalem: démographie, structures... - Pèlerin d’Orient : à pied jusqu’à Jérusalem
Photos de bâtiments - Galerie 5 - Voyage à pied de Paris à Rome en passant par la Suisse et le sud de l’Italie, cheminement contemporain sur la route des pèlerins d’autrefois - Pèlerinage d’Occident : à pied jusqu’à Rome
15 mai 2012, 17 h 27
Alexandrie: pour unifier un territoire immense tout en respectant leurs particularités, Alexandre le Grand fonde d’un bout à l’autre de l’Empire des cités qui portent fièrement son nom: fondations de caractère politique, militaire et commercial
Photos du Piémont - Galerie 1 - Voyage à pied de Paris à Rome en passant par la Suisse et le sud de l’Italie, cheminement contemporain sur la route des pèlerins d’autrefois - Pèlerinage d’Occident : à pied jusqu’à Rome
Cornelius de Bruyn en Terre sainte - Écrits de voyageurs en Terre sainte au fil des siècles, pèlerins vers Jérusalem ou simples passants - Pèlerin d’Orient : à pied jusqu’à Jérusalem
L’enlèvement de Polyxène - Extrait de « Pèlerin d’Occident », récit d’un voyage à pied de Paris jusqu’à Rome
Le sac et son contenu pour un voyage à pied de Paris jusqu’à Jérusalem - Pèlerin d’Orient : à pied jusqu’à Jérusalem


