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Le roman
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Amiral Chérétoff

Un navire conçu pour l'exploration

« Le Saint-Nicolas, corvette mixte à vapeur et à voiles, était un bâtiment construit expressément pour supporter les fatigues et les dangers inhérents au genre d’exploration qu’il devait accomplir. Il fallait qu’il pût braver à la fois les efforts des glaces du pôle, la violence des ouragans des tropiques et les tempêtes du cap Horn. D’immenses approvisionnements de toute espèce avaient été embarqués à bord, en cas prévu d’un long hivernage dans les glaces, ou de stations prolongées sur des points inhabités du globe. Une dizaine de canons garnissaient son pont et devaient servir à faire respecter le pavillon russe.

L’amiral Chérétoff avait à son bord un état-major nombreux, composé des officiers les plus distingués et les plus instruits de la marine impériale. Ils étaient chargés de travaux hydrographiques, astronomiques, et généralement de tout ce qui concernait le métier de marin.

Le trois-mâts barque mixte voile/vapeur SS Southern Cross

Trois-mâts barque mixte voile/vapeur SS Southern Cross : conçu pour le même usage que le Saint-Nicolas, ce baleinier construit en 1886 a été reconverti pour l’expédition britannique de Carsten Borchgrevink en Antarctique (1898-1900).

Passage du cap Horn

Le Saint-Nicolas s’était, pendant la nuit, éloigné le plus possible de la côte. La mer avait grossi énormément, la bise était devenue glaciale et le pont et les agrès étaient couverts d’une couche de verglas provenant de l’eau tombée à bord et congelée.

Il y avait deux heures que le soleil avait dépassé l’horizon, et cependant, c’était à peine si une faible clarté permettait de voir à un demi-mille de distance. Des amas de nuages noirs couvraient les flots et semblaient faire corps avec eux, on eût dit qu’ils touchaient la pointe des mâts ; le temps s’assombrissait de plus en plus, et des vagues énormes roulant et se brisant avec fracas soulevaient le navire et le faisaient trembler dans toutes ses parties.

Tout à coup, le vent qui jusqu’alors avait soufflé du Sud-Ouest sauta brusquement au Sud-Sud-Est et se déchaîna avec une violence inouïe. Le rideau de nuages sombres se déchira, et par cette échappée la mer apparut bouleversée et courant en vagues gigantesques couronnées d’écume et poussées par la tempête.

L’amiral fit forcer les feux, et la brillante corvette, obéissant à l’impulsion de son hélice, s’élança dans le vent, coupant la lame et faisant jaillir des montagnes d’écume.

Toute autre manœuvre eût été désastreuse, car alors le navire, entraîné par la force des vents et des Ilots, eût été infailliblement jeté sur les récifs de l’île des États, au milieu du dangereux archipel Magellanique.

C’est dans ces terribles moments que se révèle le vrai courage, calme, froid, résolu, et que l’homme peut à juste titre se considérer comme la créature la mieux douée de Dieu.

Le pont du ‘Birkdale’ dans la tempête – National Maritime Museum

Les légers mâts auxiliaires du Saint-Nicolas pliaient comme des roseaux ; un sifflement aigu retentissait dans ses cordages : son pont, balayé à chaque instant par des lames furieuses, semblait devoir être inaccessible, et cependant l’amiral et ses officiers, cramponnés aux manœuvres et aux bordages, l’œil attentif à toutes les péripéties de la tempête, conjuraient tous les périls, donnaient des ordres, aidant eux-mêmes à les exécuter, et se portaient partout où le danger devenait imminent.

Les matelots soumis, disciplinés, en face de la mort menaçante, se tenaient chacun à leur poste, et le sifflet aigu du maître d’équipage, dominant le tumulte des éléments déchaînés, les trouvait dociles et obéissants.

Tantôt la corvette, enlevée sur le dos d’une vague gigantesque, semblait devoir être lancée contre le ciel : alors la mer et l’horizon disparaissaient, on eût dit qu’elle entrait dans les nuées ; tantôt, au contraire, glissant sur les pentes de la mer soulevée en montagne, elle plongeait dans un abîme, son beaupré trempant dans l’eau, et autour d’elle un cirque immense de flots irrités montaient, s’inclinaient comme pour se réunir et l’engloutir sous leur masse ; la lumière apparaissait comme par l’orifice d’un puits, dont les parois se rapprochaient.

Mais bientôt, échappé à ce péril imminent, le solide navire se relevait, gravissait la crête opposée, lançant en l’air ses nuages de fumée, et dans les rares intervalles de silence, faisait entendre la voix mugissante de sa puissante machine ; c’était son cri de vie qui défiait la tempête.

Dès le premier moment de danger, Narischeff était venu se mettre à la disposition de l’amiral : officier distingué de la marine russe, ses services pouvaient être d’une grande utilité. Les quatre autres jeunes gens suivirent l’exemple de leur ami ; leur voyage déjà long, leurs connaissances variées, et une certaine pratique qu’ils avaient acquise à bord, les avaient rendus propres à aider dans bien des circonstances les officiers du bord dont les forces étaient mises à une rude épreuve. Ils furent tous à la hauteur de leur dévouement, et l’amiral exprima hautement l’estime dans laquelle il tenait leur conduite.

Trois jours et trois nuits se passèrent dans d’épouvantables alternatives ; l’amiral eut la douleur de voir deux de ses meilleurs matelots enlevés par une lame qui retomba d’aplomb sur le Saint-Nicolas, en le faisant enfoncer presque au niveau du pont. Tout fut brisé, démoli à bord, et la sémillante et coquette corvette faisait peine à voir ; mais sa coque, sa machine et son hélice étaient intactes.

Le matin du quatrième jour, le vent s’apaisa, cessa tout à coup, puis une forte pluie tomba suivie du vent du Nord, et la mer, quoique fortement houleuse, cessa de se soulever.

Le soleil se leva pur et dégagé de vapeurs ; les oiseaux de mer recommençaient leurs jeux et leurs cris ; des bandes de pétrels volaient lentement sur la surface des flots, et semblaient marcher sur la mer. Ce nom leur a été donné par les marins, d’abord parce qu’ils semblent marcher sur l’eau comme le fit saint Pierre et, ensuite, parce que leur plumage est couvert de taches blanches sur un fond noir.

On comprend que l’amiral Chérétoff ne voulut pas séjourner dans ces parages si dangereux. Après avoir doublé le cap Horn, il remonta la côte occidentale de la Patagonie et arriva sans s’arrêter jusqu’à la hauteur des îles Chiloé, limite méridionale de la pointe du Chili, où vivaient les Indiens Aucas et Araucans qui, de même que les Patagons, n’ont jamais été complètement soumis à une domination étrangère. » Haut de page

H. Marguerit - Sur mer et sur terre : explorations de l’amiral Chérétoff sur la corvette "le Saint-Nicolas" - 1885

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