La Croix
Après avoir cheminé jusqu’à Jérusalem en 2000, ce cadre du secteur bancaire vient de publier un nouveau récit relatant son périple de Paris à Rome, il y a plus d’un an.
À 36 ans, écrasé par la pression des habitudes, ce jeune cadre supérieur quitte Paris pour la Terre sainte, après seulement trois mois de réflexion et sans aucune préparation. Entre mai et décembre 2000, il parcourt 6 400 km. Une route riche de rencontres, dont il a tiré un livre et qui l’a poussé à entreprendre de nouveaux voyages. Sa devise : « Écrire. Voyager. Travailler. Dans cet ordre, ou dans un autre. Peu importe. Jamais l’un sans l’autre. Carnet et crayon à la main, rester accroché à la terre et parler du ciel. »
Parvis de la Défense, aux portes de Paris. La silhouette qui s’avance dans la cohue passerait presque inaperçue. Coupe impeccable, costume de rigueur et cravate ajustée, François–Xavier de Villemagne se fond à merveille dans le paysage des sorties de bureau. On a du mal à imaginer ce célibataire, cadre bancaire de 45 ans, svelte et discret, dans la peau d’un aventurier au long cours. Son dernier récit dément les faux–semblants : de juin à décembre 2007, l’homme a rallié Rome à pied, depuis Paris. Signe d’un art consommé du détour. Et d’un esprit libre.
L’histoire débute sept ans plus tôt, avec un premier pèlerinage à Jérusalem. Le succès du récit qu’il publiera trois ans plus tard suffit à imposer sa renommée dans le petit monde des globe–trotters écrivains. Depuis, il n’a cessé de cultiver sa singularité, assumant sans complexe une carrière professionnelle florissante et d’irrépressibles élans nomades. Il anime depuis 2004 un site Internet devenu une référence pour faire partager sa passion, truffé d’informations culturelles et pratiques sur la Terre sainte.
« Il ne se passe pas un mois sans que l’on me contacte pour des conseils », témoigne–t– il, surpris d’être considéré comme un précurseur. D’autant qu’il n’a jamais cherché à « mettre (ses) pas dans ceux des autres ». De retour de la Ville sainte, il reprend son métier en 2001, puis change de banque. Gestion privée, stratégie informatique… Après plusieurs postes, François–Xavier de Villemagne sollicite, début 2006, un nouveau congé sans solde.
L’occasion d’écrire un roman historique - non encore paru - sur Alexandre le Grand, ce voyageur qui le fascine. Deux mois au Pakistan lui permettront de s’imprégner des lieux où, selon la tradition, le chef macédonien aurait renoncé à étendre sa conquête au–delà du monde connu. « J’ai voulu m’interroger sur la diversité des réactions face à un choix déterminant, raconte–t–il. Cela nous concerne tous et pose la question des limites : jusqu’où suis–je prêt à aller ? Qu’est–ce qui dépend de moi ou des autres ? »
Et voilà que resurgit l’appel de la route. Sandales et sac à dos, il repart à travers la France, l’Italie et jusqu’à Rome : près de 4 000 km d’efforts, des glaciers du Cervin aux oliveraies des Pouilles, de Florence à Naples en passant par Santa Maria di Leuca. Quand on lui demande pourquoi il a volontairement doublé la distance séparant les deux capitales, il esquisse un sourire : « J’ai besoin que les merveilles soient lointaines et difficiles à atteindre… » Aussi son récit fourmille–t–il d’épisodes, parfois épiques, comme le passage d’un glacier au pied du Cervin sans crampons, ou une fracture du bras après une chute dans les Abruzzes…
Comment, dès lors, renouer avec l’ordinaire ? « Pas simple », concède–t–il. Après une année passée à consigner son périple, il a repris cette année, au coeur de la crise, un poste de conseiller en organisation à la Société générale. Il assure se nourrir au quotidien de ce qu’il a appris dans ses « derniers retranchements physiques ». Car cette expérience prouve que l’on peut « transformer une série d’échecs en succès ». Il y voit aussi une école d’humilité : « Quand on a été soi–même rejeté, trempé, on porte un regard de compassion sur les plus démunis. La route adoucit le coeur. »
Réussir, pour François–Xavier de Villemagne, revient à « donner le meilleur de soi–même, dans la perspective d’une relation à Dieu ». Mais chez lui, le spirituel n’est jamais exclusif ou désincarné. La foi, il s’efforce de la vivre dans la rencontre de l’autre (il a, par exemple, appris le roumain et le turc pendant le voyage). Si bien que l’aventure humaine déborde la seule démarche religieuse. Son livre recèle aussi de superbes passages sur la culture et l’art italiens. Aujourd’hui, s’il s’amuse d’être perçu par ses collègues comme un « excentrique périodique », il confie n’avoir aucun projet de voyage et se dit même très « concentré » sur son travail. Avant de glisser : « On ne sait jamais de quoi demain sera fait ! »
François–Xavier Maigre
La Croix - 9 mars 2009
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