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Pèlerin d’Orient - À pied jusqu’à Jérusalem

À pied jusqu’à
Jérusalem


Éditions Transboréal

2° édition : janvier 2009
Prix : 22,50 €

Récit

368 pages
99 photographies


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« Je glisse la clé de l’appartement dans la boîte aux lettres. Furtivement. Comme une lettre d’amour dans laquelle on a jeté toute son âme.

Dehors, rien n’a changé. Les Parisiens vont et viennent, pressés, comme tous les matins. Chacun dans son monde, aux dimensions que je trouve aujourd’hui bien étriquées. Il y a quelques semaines, j’étais encore l’un d’entre eux. Chaque jour plus écrasé par la pression des habitudes, des futilités ronronnantes et des manquements aux rêves inaccessibles.

Un jour, ça suffit, ce n’est plus tenable. Aujourd’hui, je pars.

Seul. À pied. Vers Jérusalem. »




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Pèlerin d’Occident - À pied jusqu’à Rome

À pied jusqu’à
Rome


Éditions Transboréal

Parution : janvier 2009
Prix : 22,50 €

Récit

368 pages
122 photographies









[paiement en ligne sur site sécurisé]

« Cette histoire, j’aimerais la raconter un soir à un petit bout de chou avant qu’il ne s’endorme. À cette fillette blonde, par exemple, une nièce qui a des yeux d’un bleu si clair, cerclé d’outre-mer, que j’ai donné son regard troublant à Roxane, princesse de Sogdiane, dans le roman historique sur Alexandre le Grand dont je viens d’achever l’écriture. Mon histoire, c’est seulement essayer d’offrir parfois à la vie une allure de conte de fées. Alors voilà : « Il était une fois… » […]

En somme, ce que j’aime dans le voyage, c’est la promesse. Arriver, à la rigueur, il le faut bien quand on est parti. « Être arrivé », c’est probablement le pire. Et si je préfère le voyage, c’est sans doute parce que, sur terre, les promesses sont rarement tenues. J’aurais pu citer cela comme une des raisons de partir vers Rome. J’en ai mentionné beaucoup d’autres, depuis Pavarotti jusqu’à saint Pierre, en passant par Goethe et Virgile. Mais au fond, je sais qu’une seule les résumerait toutes, et si l’on ne m’accordait qu’un mot, je lâcherais : « Peggy ».

Les récits
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Le syndrome de Jérusalem

Prophète

Parmi la foule des voyageurs, pèlerins ou touristes qui se pressent à Jérusalem depuis des siècles, un petit nombre est victime de ce que les spécialistes appellent le syndrome de Jérusalem, sorte de bouffée délirante issue d’un choc émotionnel non maîtrisable lié à la proximité des Lieux saints. Chaque année, une quarantaine de personnes seraient hospitalisés à Jérusalem pour ce type de symptômes. Certains se prennent pour le Messie ou pour des personnages bibliques, haranguent les foules ou adoptent des comportements peu conventionnels, comme cette Anglaise qui, dans les années 1930, était convaincue du retour imminent du Christ et qui montait régulièrement sur le mont Scopus pour accueillir sa venue avec une tasse de thé.

Les médecins de Jérusalem sont habitués à recevoir dans leurs services d’urgences de faux messies et nombre d’illuminés attirés par l’aura mystique de la Ville sainte. À l’approche de l’an 2000, la police de Jérusalem renforça d’ailleurs sa surveillance près des Lieux saints et Israël mobilisa ses psychiatres et psychologues pour faire face à une pandémie de ce genre. Même si une demi-douzaine de "faux messies" ont répondu à l’appel le 1er janvier 2000, il y eut en fait beaucoup moins de syndromes que prévu.

Les spécialistes de l’hôpital psychiatrique de Kfar Shaul à Jérusalem ont publié en août 2000 dans le British Journal of Psychiatry une étude qui fait le point sur ce syndrome :


Introduction  Dangers du voyage - Jean-Baptiste Tollot Parcours thématique : Dangers du voyage Dangers du voyage - Pèlerin d’Orient   Pèlerin d’Orient - Dangers du voyage

Jérusalem, une ville qui combine le sens du sacré, de l’histoire et du paradis, exerce une attraction sans égal pour les croyants de plusieurs religions du monde - en particulier les juifs, les chrétiens et les musulmans. Quand les gens rêvent de Jérusalem, ils ne voient pas la Jérusalem moderne et politiquement controversée, mais plutôt la ville sainte religieuse et biblique. Depuis 1980, les psychiatres de Jérusalem ont rencontré un nombre croissant de touristes qui, en arrivant à Jérusalem, souffrent de décompensation psychotique. En raison de la fréquence élevée de ce phénomène, il a été décidé de diriger tous ces cas vers un seul établissement — l’hôpital psychiatrique de Kfar Shaul — pour des conseils psychologiques, une intervention psychiatrique et, si nécessaire, une admission à l’hôpital. Sur une période de 13 ans (1980-1993), 1200 touristes avec des problèmes mentaux graves liés à Jérusalem ont été dirigés vers cet établissement. Parmi ceux-ci, 470 ont été admis à l’hôpital qui voit en moyenne 100 touristes par an pour cette affection, dont une quarantaine doivent être hospitalisés. 

Sur la base de l’expérience clinique, nous avons identifié trois types principaux de patients affectés du syndrome de Jérusalem :

  Type
Raison de la venue à Jérusalem
 Mode de voyage
Maladie mentale préexistante
Sous-types
Type 1 Idéation religieuse psychiatrique,  Besoin d'accomplir une missionGénéralement seulPassé psychiatrique connu : schizophrénie ou maladie bipolaire1a : Identification à un des personnages de la Bible
    1b : Identification à des idées politiques ou religieuses
    1c : Idées magiques concernant les possibilités de guérison/santé/maladie liées à Jérusalem
    1d : Problèmes familiaux
Type 2Curiosité et pensés étranges (non psychotiques)  ou de  missionGénéralement en groupe, parfois seulDésordres mentaux non psychotiques : désordres de la personnalité, idée fixe2a : Apparaît dans les groupes
    2b : Individuel
Type 3 Syndrome de Jérusalem de type discret  
 Touristes normaux (élevés dans un contexte religieux)Avec des amis ou de la famille, souvent dans le cadre d'un voyage organiséPas de passé psychiatrique ou de psychopathologies connusPas de sous-types: tous les cas sont caractérisés par sept étapes cliniques.

Type 1: Le syndrome de Jérusalem sur fond de maladies psychotiques préexistantes 

Le type 1 concerne les individus pour lesquels une psychose a déjà été diagnostiquée avant leur visite en Israël.  Leur motivation pour venir en Israël est directement liée à leur état mental et à l’influence d’idées religieuses, allant souvent jusqu’à l’aveuglement, les contraignant à venir à Jérusalem pour y faire ‘quelque chose’. Le type 1 peut être subdivisé dans les quatre sous-types suivants.

Sous-type 1a: identification psychotique à des personnages de la Bible

Les individus de ce sous-type s’identifient fortement à des personnages de l’Ancien ou du Nouveau Testament ou sont convaincus qu’ils sont eux-mêmes un de ces personnages. Leur conviction atteint des dimensions psychotiques. Les touristes juifs s’identifient généralement à des personnages de l’Ancien Testament et les touristes chrétiens à des personnages du Nouveau Testament ; dans la même veine, les hommes et des femmes s’identifient généralement à des personnalités masculines et féminines respectivement. 

Exemple : Un touriste américain âgé d’une quarantaine d’années, souffrant de schizophrénie paranoïde, avait été admis à l’hôpital et traité durant plusieurs années aux Etats-Unis. Il a commencé à travailler sur son image corporelle, en faisant du sport et de l’haltérophilie, dans le cadre d’un programme de réadaptation. Avec le temps, il commença à s’identifier avec le personnage biblique de Samson. Finalement, il fut submergé par une compulsion pour venir en Israël afin de déplacer un des blocs de pierre géants formant le Mur Occidental (Mur des Lamentations) qui, selon lui, n’était pas à la bonne place. En parvenant au Mur Occidental, il essaya de déplacer une des pierres. Ses actions ont déclenché un émoi épouvantable, nécessitant l’intervention de la police et son placement à l’hôpital psychiatrique de Kfar Shaul. 

Contrairement à l’usage, le psychiatre de permanence contredit les idées illusoires du patient, lui disant qu’il ne pouvait pas être Samson et que, selon la Bible, Samson n’avait jamais été à Jérusalem. Le patient réagit à cela avec colère, devint agressif, cassa une vitre et s’échappa par la fenêtre. On fit sortir une équipe pour le chercher et une élève-infirmière le trouva debout à un arrêt d’autobus.  En faisant preuve d’une sagesse remarquable, elle lui dit qu’il avait prouvé qu’il possédait des qualités semblables à celles de Samson et qu’il pourrait maintenant retourner à l’hôpital, ce qu’il fit de son propre chef. Un examen hospitalier montra qu’il était dans un état psychotique aigu : il était convaincu qu’il était Samson et qu’il avait une mission à accomplir. Après avoir reçu une médication antipsychotique, il se calma et revint en état de retourner chez lui en avion, escorté par son père.

Sous-type 1b:  identification psychotique à une idée

Les individus de ce sous-type s’identifient fortement à une idée  (habituellement de nature religieuse, parfois de nature politique) et arrivent à Jérusalem pour agir selon cette idée.

Exemple :Un Protestant d’Amérique du Sud conçut un plan pour détruire les Lieux saints islamiques afin de les remplacer par des Lieux saints juifs. La deuxième étape de son plan était ensuite de les détruire afin de commencer la guerre de Gog et Magog pour que l’Antéchrist se révèle, après quoi,  le Christ réapparaîtrait.  Le patient réussit à détériorer une des mosquées les plus saintes de Jérusalem. Le tribunal ordonna un examen psychiatrique et on diagnostiqua son incapacité à différencier le bien du mal, l’irresponsabilité de ses actes et donc l’impossibilité de le faire passer en justice. Il fut admis dans une institution psychiatrique locale et transféré plus tard dans une institution psychiatrique de son propre pays.

Sous-type 1c : ‘idées magiques’ concernant le lien entre la santé et les Lieux saints

Ce sous-type concerne les patients ayant des ‘idées magiques’ en relation avec la maladie, la santé et les possibilités de guérison liées à  Jérusalem. Il est intéressant de noter que le célèbre auteur russe Gogol, après que la psychose eut mis fin à ses activités d’écrivain, eut une révélation suggérant qu’il ferait bien de visiter Jérusalem et de réciter des prières spéciales aux Lieux saints d’enterrement pour se remettre de sa maladie et redevenir à nouveau capable d’écrire. Gogol se rendit en Israël en 1848, mais ne guérit pas et mourut quatre ans plus tard.


Sous-type 1d : problèmes familiaux débouchant sur une psychose à Jérusalem

Ce sous-type comprend des individus dont la perturbation mentale s’exprime en termes de problèmes familiaux. Ce sous-type est problématique parce que, sous l’influence de la psychose, il est habituellement impossible d’identifier la signification centrale de Jérusalem pour le patient en association avec la psychose, ou le motif de son voyage à Jérusalem. Toutefois, ces individus choisissent de venir à plusieurs reprises à Jérusalem et développent pendant leur séjour une psychose insigne.

Exemple :Un homme d’origine sud-africaine, souffrant de désordre affectif bipolaire et ayant séjourné à plusieurs reprises à hôpital dans son pays, visita Jérusalem en quatre occasions, chacune après un épisode maniaque débouchant sur son admission à l’hôpital. Selon cet homme, il était venu à Jérusalem pour tuer un homme qui avait violé sa fille. Sa famille avertissait toujours les autorités sanitaires israéliennes de ses visites et, par conséquent, il fut admis à l’hôpital immédiatement à son arrivée à Jérusalem. Après avoir reçu un traitement, il avait d’habitude la capacité de montrer un certain degré de compréhension, et de noter que lorsqu’il devenait maniaque, il était bouleversé par le mari de sa fille. Pendant une période de rémission, il put admettre le caractère pathologique de son comportement  et admettre également qu’en vérité, il admirait et respectait son gendre.  Les psychologues qui l’ont traité ont décrit son désordre comme un complexe d’Å’dipe inversé qui était manifeste pendant les phases maniaques. Son rapport avec Jérusalem n’est pas clair; pas plus que n’est claire la raison pour laquelle il est attiré à Jérusalem dans la recherche d’une solution au problème imaginaire créé par ses processus de pensée pathologiquement déformés. Haut de page


Type 2 : Le syndrome de Jérusalem compliqué par des idéations idiosyncratiques

Le sous-groupe de type 2 concerne les personnes ayant des désordres mentaux comme des désordres de la personnalité ou une obsession avec une idée fixe, mais n’ayant pas de maladie mentale claire ; leurs pensées et idées bizarres ne répondent pas aux dimensions illusoires ou psychotiques. Le type 2 peut être divisé en deux sous-types : le sous-type 2a s’applique aux individus appartenant à un groupe ; le sous-type 2b qui est moins fréquent, s’applique aux individus isolés.

Le type 2 comprend probablement un grand nombre des victimes du syndrome de Jérusalem. Dans les groupes, ils sont fortement visibles ; ils apparaissent dans les lieux publics, spécialement les Lieux saints. On en parle parfois dans les médias, mais ils ne sont généralement pas connus des services psychiatriques professionnels.

Sous-type 2a : individus appartenant à un groupe

Exemple :  Divers groupes chrétiens hors du courant dominant des églises établies, s’installent à Jérusalem pour, par exemple, provoquer la résurrection des morts ou la réapparition de Jésus Christ. De tels groupes ne comptent habituellement pas plus d’une vingtaine  membres. Un groupe, précédemment situé à Jérusalem, est maintenant installé près de Jéricho, un autre dans la Forêt de Jérusalem et un autre encore est basé dans le centre de Jérusalem. Les membres de ces groupes portent des vêtements distinctifs qui, selon eux, ressemblent à ceux portés à l’époque du Christ.

Divers groupes juifs divers ont aussi des idées et des intentions peu communes quant à Jérusalem. Nous connaissons trois groupes essayant actuellement de  ‘créer’ une génisse rouge selon des textes contenus dans l’Ancien Testament (Nombres, XIX). Dans la Bible, la génisse rouge devait être sacrifiée et ses cendres utilisées pour des rituels de purification avant l’entrée au temple. Aujourd’hui, apparemment, toucher simplement la génisse rouge suffira. Le problème est qu’une génisse parfaite, impeccable, complètement rouge doit encore être conçue.

Les membres de ces groupes ne subissent pas d’habitude d’examen psychiatrique parce qu’ils nne suscitent pas de problèmes, mettent en danger d’autres personnes ou enfreignent la loi. Seulement trois individus de tels groupes ont été examinés, suite à une décision judiciaire après une confrontation violente avec des voisins ; tous les trois ont été diagnostiqués comme subissant des désordres de la personnalité.

Sous-type 2b : individus isolés

Exemple :  Un Allemand célibataire de 45 ans, travaillant dans un emploi universitaire, considéré comme sain et sans aucun problème identifiable, est obsédé, sans être capable d’expliquer pourquoi, par le besoin de trouver la ‘vraie’ religion. Il a passé cinq ans à étudier les divers courants du Christianisme et également du temps à étudier les religions ésotériques de la Perse antique, de la Chine et du Japon, et il arriva à la conclusion qu’aucune d’entre elles ne pouvait être qualifiée de ‘vraie’ religion.  Il s’est alors mis en congé de son travail, est venu à Jérusalem et a commencé à étudier le Judaïsme dans une université et dans une Yeshiva (un séminaire religieux). Cependant, le Judaïsme a aussi été rejeté. Finalement, cet homme a décidé que la seule vraie religion était, selon ses mots, "le Christianisme primitif - la religion de Jésus avant que Pierre et Paul ne l’aient ruinée".

Il sentit alors qu’il devait absolument apporter ce message aux gens de Jérusalem et se mettre à le prêcher à chaque occasion. Un jour, en visite à l’église du Saint-Sépulcre dans la Vieille Ville de Jérusalem, il succomba à une attaque d’agitation psychomotrice et commença à crier vers les prêtres, les accusant d’être des païens et des barbares et d’adorer des image gravées.  La confrontation dégénéra en une lutte violente ; finalement, le sujet commença à détruire des statues et des peintures. La justice ordonna son admission à l’hôpital de Kfar Shaul pour observation et évaluation psychiatrique. Cependant, l’examen par des psychiatres expérimentés, y compris le psychiatre du district de Jérusalem, ne révéla aucune psychopathologie, pas même le moindre désordre de personnalité, tout ce qu’ils purent trouver fut l’obsession par l’idée fixe évoquée précédemment. Un suivi trois ans plus tard ne parvint pas à indiquer des troubles psychiques et le sujet continue à travailler dans son emploi universitaire, à croire en la même religion et à étendre son message, regrettant seulement de n’avoir pas pu le faire à Jérusalem. Haut de page

Type 3 : syndrome de Jérusalem - forme discrète, non parasitée par des psychopathologies antérieures

Le troisième type du syndrome de Jérusalem est peut-être le plus fascinant, en ceci qu’il décrit des individus sans antécédents de maladie mentale, qui sont victimes d’un épisode psychotique alors qu’ils sont en Israël (et particulièrement à Jérusalem), se remettent assez spontanément et ensuite, après le départ du pays, se comportent apparemment normalement. De ce fait, le type 3 n’est pas lié à d’autres psychopathologies et peut être décrit comme la forme  ‘pure’ou ‘non parasitée’ du syndrome. Numériquement, le type 3 est une catégorie assez petite : entre 1980 et1993, il y eut 42 cas répondant aux trois principaux critères de diagnostic établis ci-dessous. 

Principaux critères de diagnostic pour le type 3

Critère n°1 : les sujets n’ont aucun antécédent de maladie psychiatrique - aucun épisode psychotique antérieur, aucun problème significatif quant au travail ou à la famille et aucune utilisation de drogue. Autrement dit, les sujets peuvent être définis comme sains et exempts de tout trouble psychique.

Critère n°2 :les sujets arrivent à Jérusalem comme des touristes normaux, sans mission spéciale ou but spécifique dans la tête. Ils arrivent d’habitude avec des amis ou des membres de leur famille, faisant souvent partie d’un groupe plus important en voyage organisé dans les pays de la Méditerranée.

Critère n°3 : en arrivant à Jérusalem, les sujets ont une réaction psychotique aiguë qui se développe dans un ordre caractéristique de sept étapes cliniques identifiables.

Les sept étapes cliniques du type 3 :

  • Inquiétude, agitation, nervosité et tension, ainsi que d’autres réactions non spécifiées.
  • Expression du désir de se détacher du groupe ou de la famille et de visiter Jérusalem seul.  Des guides touristiques conscients du syndrome de Jérusalem et de la signification de telles déclarations peuvent à ce moment-là adresser le touriste à notre institution pour une évaluation psychiatrique afin d’agir en anticipation des étapes suivantes du syndrome. Sans surveillance, ces étapes sont d’habitude inévitables. 
  • Le besoin d’être propre et pur : obsession avec prise de bains et douches; taille compulsive des ongles de mains et de pieds.
  • La préparation, souvent à l’aide des draps de lit d’hôtel, d’une robe ressemblant à une toge, descendant jusqu’à la cheville et qui est toujours blanche.
  • Le besoin de crier, de hurler ou de chanter à haute voix des psaumes, des versets de la Bible, des hymnes religieux ou des negro spirituals. Les manifestations de ce type servent d’avertissement au personnel d’hôtel et aux guides touristiques, qui devraient alors essayer de faire prendre le touriste en charge par des professionnels pour un traitement. À défaut, les deux dernières étapes se développeront.
  • Une procession ou une marche vers un des Lieux saints de Jérusalem. 
  • La déclamation d’un ‘sermon’ dans un Lieu saint. Le sermon est d’habitude très confus et fondé sur un appel peu réaliste à l’humanité d’adopter un mode de vie plus sain, moral et simple. Haut de page

Traitement et rétablissement

Le type 3 n’implique pas habituellement d’hallucinations visuelles ou auditives. Les patients savent qui ils sont et ne prétendent pas être quelqu’un d’autre. Si on les interroge, ils s’identifient par leur vrai nom. Cependant, ils demandent à ne pas être dérangés dans l’achèvement de leur mission. Leur comportement revient d’habitude à la normale en 5 à 7 jours ; autrement dit, un épisode de courte durée suivi d’un rétablissement complet. Ces individus ont clairement besoin d’un traitement et en reçoivent souvent un, mais le rétablissement est assez souvent spontané et pas nécessairement dû au traitement. L’expérience nous a appris que l’amélioration est facilitée par, ou dépendend de, l’éloignement physique du patient de Jérusalem et de ses Lieux saints.  Dans l’ensemble, une intervention médicale importante n’est pas souhaitable; des tranquillisants mineurs ou de la mélatonine (comme dans les cas de psychose de fatigue due au décalage horaire) suffisent. Notre principale stratégie de traitement est de faciliter le retour au groupe ou le renouvellement de liens familiaux (y compris avec la famille à l’étranger), ou, si cela semble approprié, l’accès à un prêtre. La psychothérapie d’intervention de crise joue un rôle important dans le processus de rétablissement.

Après leur rétablissement, les patients se rappelent généralement chaque détail de leur comportement anormal. Ils ont inévitablement honte de la plupart de leurs actions et estiment qu’ils se sont comportés sottement ou naïvement. Ils décrivent parfois leur conduite comme étant apparentée à celle d’un ‘clown’ ou d’un ‘drogué’. Cependant, dans la plupart des cas, ils sont peu disposés à parler de l’épisode et il a donc été difficile d’approfondir la compréhension du phénomène. Ceux qui parlent vraiment après l’épisode parlent souvent de la sensation de "quelque chose qui s’ouvre à l’intérieur d’eux", leurs mouvements corporels suggérant une disposition extérieure.  Après cette sensation, ils se sentent obligés d’effectuer certaines actions ou de transmettre leur message. 

Exemple : un avocat suisse arriva à Jérusalem dans le cadre d’un voyage organisé au Moyen-Orient qui incluait une semaine en Grèce, une semaine en Israël et une semaine en Egypte. Il avait été en parfaite santé jusqu’au moment du voyage et avait passé une semaine agréable en Grèce. Le début de type 3 du syndrome se manifesta lors de sa première nuit à Jérusalem.   Le sujet remplit parfaitement les trois critères diagnostiques et le développement du syndrome suivit fidèlement les sept étapes caractéristiques. Le processus entier a pris sept jours, après quoi le syndrome disparut. Le sujet rejoignit le voyage organisé, apprécia sa visite en Égypte et rentra à la maison en bonne santé. 

En recherchant des éléments distinctifs de contexte pour les patients de type 3, nous avons constaté que, des 42 cas, 40 étaient des protestants, un était catholique et un était un Juif qui avait vécu caché comme un Protestant pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les 40 protestants étaient originaires de ce qui peut être décrit comme des ‘familles ultra-religieuses’. La Bible était le livre le plus important pour ces familles, qui le lisaient ensemble au moins une fois par semaine. La Bible servait également de source pour répondre à des problèmes apparemment insolubles - particulièrement pour le père, en tant que chef de la famille. Pour les croyants fondamentalistes de ce type, Jérusalem possédait la plus haute signification : de telles personnes possèdent une image subconsciente idéaliste de Jérusalem, des Lieux saints et de la vie et la mort de Jésus. Il semble, cependant, que ceux qui succombent au type 3 du syndrome de Jérusalem sont incapable d’accepter la réalité concrète de la Jérusalem d’aujourd’hui - un fossé apparaît entre leur image idéaliste subconsciente de Jérusalem et la ville telle qu’elle apparaît en réalité. On pourrait voir leur état psychotique et en particulier le besoin de prêcher leur message universel comme une tentative de combler le fossé existant entre ces deux représentations de Jérusalem.

Pour tenter de parvenir à une base empirique plus large, nous avons envoyé des questionnaires à nos 42 patients de type 3, mais nous n’avons reçu des réponses que de quatre d’entre eux - et ceux-ci ont simplement déclaré qu’ils se sentaient bien et nous ont remerciés pour notre traitement, sans commentaires supplémentaires. Personne n’a répondu au questionnaire. Les tentatives d’obtenir de l’information par entrevue téléphonique ont produit le même résultat décevant ; les ex-patients ont insisté sur le fait qu’ils se sentaient bien et qu’ils ne voulaient pas parler de leur expérience du syndrome de Jérusalem. Haut de page

Discussion

‘Lieux connus’ et syndrome du voyageur

La première question qui se pose en discutant du syndrome de Jérusalem — et, en particulier, le type 3 — est de savoir s’il est unique à Jérusalem, ou si d’autres Lieux saints induisent des syndromes similaires. Les manifestations hystériques ou psychotiques liées aux Lieux saints — comme celles qui apparaissent à La Mecque, dans les lieux saints en Inde, dans les lieux saints chrétiens où l’on vénère la Vierge Marie, ainsi que lors des rassemblements évangéliques — ressemblent assez à notre description ; cependant, le syndrome de Jérusalem décrit ici demeure un phénomène unique qui mérite une  évaluation complète.

Plusieurs explications ont été avancées pour expliquer la dépression psychotique parmi les voyageurs. Certaines de ces explications suggèrent que le changement d’habitudes impliqué par le voyage influence l’état mental jusqu’à un degré considérable. Flinn et Singh recensent un certain nombre de facteurs tels que des environnements peu familiers, la proximité des étrangers, l’inactivité, un sens de l’isolement et le choc culturel. Les facteurs de ce type, ajoutés à la signification spéciale de Jérusalem pour les juifs, chrétiens et musulmans, peuvent servir à déclencher un épisode psychotique aigu. Selon Cohen, le mode ‘existentiel’ du voyage (un des cinq modes du tourisme ; ce mode se rapporte à des voyages vers un centre spirituel) constitue une métamorphose moderne du pélerinage.

Il faut noter que Freud a rapporté avoir éprouvé un sens de déréalisation en visitant l’Acropole. La possibilité que d’autres syndromes liés à des lieux spécifiques et le syndrome de Jérusalem puissent partager un dénominateur commun quoiqu’ils semblent être fondamentalement différents ne devrait pas être écartée. Par exemple, dans le cas des ‘errants d’aéroports’ ou du ‘syndrome d’aéroport’, un comportement que l’on retrouve parmi les touristes qui se perdent et qui éprouvent des épisodes psychotiques dans les aéroports, il a été suggéré que les aéroports accentuent symboliquement des problèmes préexistants. Cependant, à la différence des victimes du syndrome de Jérusalem, les personnes qui développent le syndrome d’aéroport oublient leur identité, ignorent d’où ils viennent et où ils vont, et ils bousculent d’autres gens. Le rétablissement est habituellement spontané après une aide minimale, parfois une boisson ou un bref repos.

Le syndrome de Stendhal

Le comportement qui ressemble le plus étroitement au syndrome de Jérusalem est le syndrome de Stendhal identifié par Magherini, qui décrit une réaction psychotique aiguë particulière surgissant parmi les touristes amateurs d’art visitant Florence. Le syndrome est baptisé du nom de l’auteur français Stendhal, qui a décrit les sentiments du déjà vu et d’inquiétude après avoir admiré des œuvres d’art à Florence. Magherini, dans son livre Sindrome di Stendhal, a présenté les variables statistiques, socio-démographiques, cliniques et liées au voyage de 106 touristes qui ont été admis à l’hôpital à Florence entre 1977 et 1986. Elle a décrit les cas dans lesquels un petit détail dans une peinture ou une sculpture célèbre a déclenché un accès d’inquiétude atteignant des dimensions psychotiques. Selon elle, de telles réactions sont habituellement associées à une perturbation mentale ou psychiatrique latente qui se manifeste en réaction aux peintures des batailles ou d’autres chefs-d’œuvre et aboutit au véritable syndrome de Florence ou de Stendhal. Haut de page

Vers le millénaire

Au moment de mettre sous presse, nous avons reçu des rapports à l’approche du nouveau millénaire, selon lesquels divers communautés et rassemblements projettent de venir à Jérusalem et d’y séjourner de Pâques 1999 jusqu’à Pâques 2000 en prévision d’événements miraculeux. Des candidats de type 1 et 2 se dirigent vers Jérusalem afin d’y accomplir quelque chose. Pour de telles personnes, Jérusalem peut être vu comme un aimant qui les attire et les pousse à effectuer certaines actions. Les candidats de type 3 seront victimes du syndrome indépendamment de leur motivation initiale pour visiter Jérusalem.

En conclusion, nous voudrions souligner que cette analyse est fondée principalement sur des données phénoménologiques incluant l’expérience clinique d’une équipe multidisciplinaire. Comme mentionné ci–dessus, des tentatives d’ancrer l’analyse sur des données obtenues par une recherche empirique systématique ont été contrecarrées par l’hésitation des ex–patients à coopérer. Une recherche plus détaillée serait donc nécessaire afin d’arriver à une meilleure compréhension du syndrome de Jérusalem en général, et en particulier de sa version plus intrigante, la version &lsquo ;pure et non parasitée’ de type 3.

Conséquences cliniques et limites

Conséquences cliniques

  • Le syndrome de Jérusalem est un phénomène psychiatrique unique qui apparaît chez quelques touristes en visite à Jérusalem.
  • L’identification des désordres psychiatriques liés à la religion et associés à la proximité des Lieux saints est importante parce que la détection précoce et une intervention peuvent arrêter la progression de tels épisodes.
  • Une connaissance complète du contexte religieux et des croyances des patients est une partie essentielle pour l’interposition au moment de la crise.

Limites

  • Ce travail est fondé sur une description phénoménologique et n’est pas une étude de recherches.
  • L’étude manque d’information sur le suivi.
  • L’étude ne tient pas compte des changements de circonstances liés à l’afflux prévu des touristes pour l’année 2000.

Références

    Bar–El, I., Witztum, E., Kalian, M., et al (1991a) Psychiatric hospitalization of tourists in Jerusalem. Comprehensive Psychiatry, 32, 238 –244.
    Bar–El, Kalian, M. & ; Eisenberg, B. (1991b) Tourists and psychiatric hospitalization with reference to ethical aspects concerning management and treatment. Psychiatry, 10, 487 –492.
    Cohen, E. (1979) A phenomenology of tourist experience. Sociology, 13, 179 –201.
    Flinn, D. B. (1962) Transient psychotic reactions during travel. American Journal of Psychiatry, 119, 173 –174.
    Freud, S. (1936) A disturbance of memory on the Acropolis. Reprinted (1953–1974) in the Standard Edition of the Complete Psychological Works of Sigmund Freud (trans. and ed. J. Strachey), vol. 22, p. 239. London : Hogarth Press.
    Magherini, G. (1992) Syndrome di Stendhal. Milan : Fettrinelli.
    Nabokov, V. (1971) Gogol. Reprinted in Hebrew (1997) (trans. D. Frenz). Tel Aviv : Yedioth Ahronoth.
    Shapiro, S. (1982) Airport wandering as a psychotic symptom. Psychiatria Clinica, 15, 173 –176.
    Singh, H. A. (1961) A case of psychosis precipitated by confinement in long distance travel by train. American Journal of Psychiatry, 117, 936 –937.

    Traduction d’un article publié en août 1999 dans le British Journal of Psychiatry par
    Yair Bar–El, Rimona Durst, Gregory Katz, Josef Zislin, Ziva Strauss et Haim Y. Knobler
    et dont la version originale en anglais est disponible à l’adresse suivante : Jerusalem syndrome
    © 2000 The Royal College of Psychiatrists

Un film

En 2008, un film franco–israélien d’Emmanuel Naccache et Stéphane Belaish illustre cette pathologie sous forme de comédie :

Intitulé Le syndrome de Jérusalem, le film met en situation de quasi huit clos - le film est un road trip qui se passe dans un minibus – un religieux, un beau tel avivien encore dans la « vibe » de son voyage en Inde, une prostituée russe, une soldate un peu trop gâtée, une serveuse New Age et un businessman français convaincu d’être le prophète Jonas. Voici la bande–annonce du film :


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Sélection d’articles de la semaine :

Sélection d’articles de la semaine - article n°1

Les jubilés romains connurent un succès populaire inégal, et ceci pour plusieurs raisons. Si le désir d’obtenir la rémission de ses péchés incita une multitude de pèlerins à se mettre en route vers Rome lors des années jubilaires, d’autres considérations influèrent sur la popularité du pèlerinage. - Via Francigena : à pied jusqu’à Rome

Sélection d’articles de la semaine - article n°2

Galeries de photos de Toscane - Voyage à pied de Paris à Rome en passant par la Suisse et le sud de l’Italie, cheminement contemporain sur la route des pèlerins d’autrefois - Pèlerinage d’Occident : à pied jusqu’à Rome

Sélection d’articles de la semaine - article n°3

Platitude et immensité - Les cavaliers de la steppe, un voyage d’aventure au pays de Gengis Khan

Sélection d’articles de la semaine - article n°4

Parcours thématiques de l’histoire du voyage à Jérusalem - Pèlerin d’Orient : à pied jusqu’à Jérusalem

Sélection d’articles de la semaine - article n°5

Récit d’un voyage à pied de Paris à Jérusalem, cheminement contemporain sur la route des pèlerins d’autrefois.

Sélection d’articles de la semaine - article n°6

Alexandre le Grand et l’Orient – Les conquêtes du Macédonien depuis la Perse jusqu’en Inde – Voyage au bout du monde et fusion entre les cultures - Hellénisme

Sélection d’articles de la semaine - article n°7

Photos d’inscriptions - Galerie 1 - Voyage à pied de Paris à Rome en passant par la Suisse et le sud de l’Italie, cheminement contemporain sur la route des pèlerins d’autrefois - Pèlerinage d’Occident : à pied jusqu’à Rome

Sélection d’articles de la semaine - article n°8

Antoine de Saint-Exupéry - Terre des hommes - Aux sept coins du monde, promenade photographique et littéraire sur toutes les mers de la terre

Sélection d’articles de la semaine - article n°9

Galeries de photos de Pompéi et d’Herculanum - Voyage à pied de Paris à Rome en passant par la Suisse et le sud de l’Italie, cheminement contemporain sur la route des pèlerins d’autrefois - Pèlerinage d’Occident : à pied jusqu’à Rome

Sélection d’articles de la semaine - article n°10

« Tengri », le Grand Ciel Bleu révéré par les Mongols - Les cavaliers de la steppe, un voyage d’aventure au pays de Gengis Khan