La Croix
François–Xavier de Villemagne fut, malgré lui, l’un des artisans du renouveau actuel des pèlerinages au long cours vers la Terre sainte. Il y a neuf ans, ce Parisien, alors âgé de 35 ans, avait troqué son costume d’ingénieur contre l’habit de poussière d’un « pèlerin d’Orient », comme il se présentera lui–même dans un poignant récit publié par la suite.
François-Xavier Maigre
La Croix - 9 janvier 2009
Si je t’oublie, Jérusalem...
C’était à « se taper la tête contre les murs », dit-il. Un moment de la vie où toutes les raisons bousculent la raison, qui n’y voit plus guère. Alors partir. Partir de Paris. Quitter la banque, l’informatique et le contrôle de gestion. Partir à Jérusalem. À pied. La décision était prise. Trois petits mois seulement plus tard, c’était le départ. Juste le temps d’obtenir un congé sabbatique, de parcourir trois fois le jardin des Tuileries en guise de tour de chauffe préparatoire, d’esquisser l’itinéraire jusqu’à Istanbul en guise de route, et puis c’est tout, ou presque. « Je n’avais pas l’expérience de la randonnée, et je ne savais même pas si j’arriverais à Istanbul Alors, l’itinéraire jusqu’à Jérusalem Je ne voulais pas trop prévoir », explique François-Xavier de Villemagne.
À 35 ans, ce célibataire, ingénieur diplômé des Ponts et chaussées, s’est fait pèlerin de Terre sainte. C’était en 2000. « La tête au ciel et les pieds dans la boue », il a marché huit mois durant, arpentant 6 400 kilomètres « Je suis un peu du genre marche ou crève », reconnaît-il , empruntant les chemins de grande randonnée en Bavière, les chemins de campagne en Roumanie, Turquie, Syrie, Liban Ralliant Jérusalem, puis Bethléem pour la nuit de Noël de l’an 2000. À la recherche, ni plus ni moins, de « la volonté de Dieu ». « Ne sachant plus résoudre les difficultés de ma vie, je souhaitais les remettre dans ses mains », poursuit François-Xavier de Villemagne. Destination, donc : le lieu de la résurrection du Christ. « Mais je savais que, tout autant que le but, le chemin aurait son importance », confie-t-il.
Sérieusement embêté par une tendinite, attaqué par des chiens sur les routes il sera caillassé plus loin par des enfants, en Jordanie , « ça ne tenait qu’à un fil que je n’arrive pas à Istanbul », se souvient-il. L’arrivée sur le Bosphore sera l’un de ses meilleurs souvenirs de marche. « Je n’arrivais pas à croire que j’avais réussi à rejoindre Istanbul, et en plus il n’y avait pas le sentiment du c’est fini , car je continuais vers Jérusalem », précise François-Xavier de Villemagne. C’est en arrivant en Terre sainte, précisément à Bethléem, que l’autre grand moment de ce périple l’accueillera. Le pèlerin se souvient encore du recueillement pris, après la messe de minuit à la basilique Sainte-Catherine, dans la grotte de la Nativité, la besace de prières pleine de rencontres effectuées sur la route.
«Je ne suis pas parti avec de grandes idées mystiques, mais pour régler des choses avec moi-même», explique encore François-Xavier de Villemagne. « Je suis parti avec plein de questions, et je suis revenu avec plein de réponses, mais pas aux questions que je m’étais posées », sourit-il, se souvenant d’un chemin où l’on règle son compte à l’orgueil, où on retrouve son « unité » : « En France, la vie est compartimentée, vie familiale, vie professionnelle, etc. C’est une vie hachée Et il est difficile de tenir l’unité personnelle qu’on a trouvée et vécue sur le chemin une fois revenu chez soi. J’étais croyant en partant, et j’espère que ce pèlerinage m’a fait chrétien en mieux, j’espère ! » Conseille-t-il sa démarche ? Oui, à condition d’en avoir « vraiment envie. Et plus encore, je crois qu’il faut en avoir besoin. »
Pierre Schmidt
La Croix - 7 janvier 2006
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